Opéra
Trompe-la-mort dans les entrailles de Garnier

Trompe-la-mort dans les entrailles de Garnier

20 mars 2017 | PAR Christophe Candoni

Autour de Trompe-la-mort, personnage énigmatique et fascinant de Balzac, Luca Francesconi signe livret et musique d’un opéra dont la création mondiale vient d’avoir lieu à Paris. Sa composition tout comme la mise en scène de Guy Cassiers ne manquent pas d’ambition mais souffrent d’un gigantisme qui écrase le propos.

Bien-sûr, La Comédie humaine est une œuvre de grande ampleur. L’adapter sur la scène lyrique, c’est devoir faire preuve d’une réduction conséquente. Luca Francesconi le reconnaît bien volontiers. Pour autant, il cède immanquablement au grand format : orchestre pléthorique, écriture monumentale, un peu pompiériste, intrigue touffue qui refuse la linéarité au profit d’allers-retours temporels aussi abrupts que constants. Trompe-la-mort est un opéra bouillonnant, à l’image de son compositeur, et surchargé. Il ne dure que deux heures et s’offre jusqu’à la saturation comme un concentré foisonnant d’idées, de rythmes, de couleurs, d’inspirations, de contrastes surprenants, non exempts d’insistances et de redondances appuyées.

Déjà auteur d’un Ring grandiloquent, Guy Cassiers signe une mise en scène qui repose uniquement sur sa scénographie. Sophistiquée et envahissante, celle-ci exploite néanmoins une belle idée : faire du Palais Garnier le théâtre de la société balzacienne. On se souvient que la Fura dels baus avait fait du bâtiment le château labyrinthique et féerique du Barbe-Bleue de Bartók. Garnier s’affiche ici une nouvelle fois magnifié par l’utilisation de la vidéo. Il se dévoile par petites touches sur une vingtaine d’écrans longilignes et coulissants à la verticale, il exhibe ses nobles richesses, les marbres, les velours et les dorures de ses espaces publics mais aussi ses sombres recoins, ses sous-sols… Le travail est cohérent, en parfait accord avec l’écriture musicale pareillement fragmentée et jouant sur plusieurs niveaux.

Mais, dans cette architecture gigantesque, qu’en est-il vraiment de Trompe-la-mort, héros multipliant les noms et les identités, des personnages autour desquels il gravite ? Que dit-on de cette société, du monde des salons mondains, de la neurasthénie de Lucien, de la misère affective qui règne dans les splendeurs bourgeoises ? Il y a si peu d’âme, de chair, de nerfs, de drame, d’émotion… Faiblement caractérisés, les personnages sans relief défilent immobiles sur un tapis roulant. La direction d’acteurs limitée n’arrange rien.

Les artistes défendent l’ouvrage avec une admirable abnégation. Si Cyrille Dubois campe un Lucien de Rubempré manquant d’éclat, Julie Fuchs est une rayonnante Esther. Elle bénéficie de toutes les subtilités que réserve la partition. Laurent Naouri, d’abord engagé pour le second rôle du Marquis de Granville s’empare du rôle-titre avec une incroyable aisance, un aplomb sans faille. Il fait un excellent Trompe-la-mort, profondément habité, vénéneux, caverneux et finalement très humain. Susanna Mälkki qui avait déjà assuré la création de Quartett à la Scala de Milan en 2011 retrouve Francesconi pour cette nouvelle oeuvre. Elle propose une direction nette et précise, brillante à bien des égards, parfois élégiaque mais peut-être pas assez enragée. L’orchestre se montre tout aussi rutilant que planant. Tous les ingrédients réunis avaient de quoi fortement passionner. D’une poussive luxuriance, le spectacle étonnement lasse et ennuie.

Visuel © Kurt Van Der Elst / OnP

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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