Théâtre

Au festival Ambivalence(s) Mathilde Delahaye monte son show à partir de Maladie ou Femmes Moderne de Elfride Jelinek

Au festival Ambivalence(s) Mathilde Delahaye monte son show à partir de Maladie ou Femmes Moderne de Elfride Jelinek

28 mai 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Quatre comédiens d’exception mis en scène par Mathilde Delahaye, défendent en extérieur  au port de commerce de Valence un spectacle-paysage autour du texte de Elfriede Jelinek

 

Elfriede Jelinek, lauréate autrichienne du prix Nobel de littérature en 2004 utilise la violence, le sarcasme et l’incantation pour disséquer jusqu’à dissolution les stéréotypes sociaux, en particulier sexistes. Son oeuvre théâtrale dénote l’influence de Bertolt Brecht. Elle y décortique le pouvoir du verbe et multiplie les  aphorismes, En 1977, elle réécrit la pièce Une maison de poupée d’Henrik Ibsen, qu’elle transpose à l’époque actuelle, dans une usine et à laquelle elle donne un nouveau titre menaçant : Ce qui arriva quand Nora quitta son mari, ou les piliers de la société : rien que du malheur! Dans La Maladie ou femmes modernes, sa dernière pièce, elle dessine la métaphore du vampirisme comme lieu de pliure entre les deux irréconciliables: le marxisme et  le freudisme. Mathilde Delahaye aime déplacer le théâtre dans l’espace public avec ce qu’elle nomme des spectacles-paysages. Elle se saisit avec brio de la pièce de Jelinek et la plonge dans un univers industriel; il sera le lieu de la pliure, celui de l’exploitation de l’homme par l’homme, un espace socialisé donc misogyne.

La jeune femme connait son métier et le prouve avec moult motifs de mise en scène. Diplômée de l’école supérieur d’art dramatique de Strasbourg, l’ancienne élève du Conservatoire National D’Art Dramatique, doctorante SACRe monte sa compagnie en 2017. Accueillie par le Festival Ambivalence(s), elle y prouve sa maîtrise de la direction d’acteurs, de la video, de la mise en espace, de la marionnette, du mime ou du happening. Le résultat est un monumental spectacle pluriel et choral. L’esprit de la fable de Jelinek, chronique du vampire de Carmilla, archétype ironique du sexe faible, réduite à sa fonction reproductrice est respecté. On regrettera toutefois que la metteuse en scène, bon élève, multiplie les motifs tout en retenant son geste.  Mathilde Delahaye serait-elle trop scolaire? Le public après une heure trente de show rejette la question et applaudit ravi. 

 

 

Maladie ou Femmes Moderne

De Elfriede Jelinek
Avec Pauline Haudepin, Déa Liane, Julien Moreau et Blaise Pettebone
Et la participation de Astrid Boekholt, Mathilde Chopard, Franck Grosjean et Elina Latapy
Mise en scène Mathilde Delahaye

 

Crédits Photos © Jean-Louis Fernandez

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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