Danse

« Move » et poussière de la mémoire au Centre Pompidou

« Move » et poussière de la mémoire au Centre Pompidou

28 mai 2019 | PAR Juliette Mariani

Le Forum -1 du Centre Pompidou ouvre ses portes à l’édition 2019 de Move, qui accueille des installations in situ, des œuvres vidéos et des spectacles de danse et de performance qui viendront animer l’espace presque quotidiennement jusqu’au 9 juin.

Dans une salle qui s’ouvre au cœur du Centre, un espace souterrain mais entièrement livré aux regards qui le surplombent, trois jeunes garçons vont régulièrement livrer, à 18 heures, une performance d’une demi-heure. Avant que celle-ci ne débute, le spectateur est invité à faire le tour des lieux. En bruit de fond, une bande-son diffuse des murmures inaudibles qui se muent en échos. Sur un des murs blancs, on remarque une sorte de qamis blanc et noir, un vêtement cérémonial signalé par un cartel qui porte le nom de l’artiste et celui de l’œuvre : Tarik Kiswanson, Dust.

Mais Dust en réalité est le nom de la performance que jouent les trois jeunes interprètes choisis par Tarik Kiswanson pour leur métissage. L’artiste, né en Suède dans une famille palestinienne en exil, entend explorer les hybridations de la mémoire dans cette performance lente et hypnotisante. C’est quand les trois garçons entrent en scène que la tunique accrochée au mur perd son statut d’exposition muséale : dans un jeu constant d’habillage et de déshabillage, les enfants s’approprient ce vêtement trop grand pour eux. Costume traditionnel à l’image d’un héritage trop lourd à porter, ou tenue sportswear portée oversize parce que c’est la mode ? Ces garçons sont dans l’entre-deux : entre l’enfance et l’adolescence, entre le passé et le présent, entre l’héritage familial et la culture occidentale. Ils se meuvent extrêmement lentement autour d’une structure suspendue dont les lames de métal diffractent leur image. La performance est abstraite, mais la bande-son nous donne parfois des indices : une litanie de mots en anglais « translatortaxi driverrootlesslost forever… » énumère autant de mots-clefs universels qui pourraient expliquer un voyage, un sentiment d’incompréhension ou de non-appartenance. Les enfants se cachent mutuellement les yeux avec les mains alors que la bande-son devient une cacophonie de bruits de coups, de cris étouffés et de musique orientale. L’un, agenouillé, lève les bras. Même lorsqu’ils courent et glissent au sol, leurs gestes sont lents, comme s’ils portaient un poids de plomb sur leurs épaules. La performance s’achève sur ces mots : « tout oublier… puis tu te souviens dans tous les sens, plus vite que jamais. »

Dans les salles adjacentes, une fois l’assemblée des spectateurs dissipée, le spectateur peut continuer sa visite. Sur un côté, Vidéodanse propose une sélection de treize films de danse japonaise buto. Plus loin, l’artiste londonienne et nigérienne Evan Ifekoya exhume des vidéos qui semblent issues de caméras amatrices : des plans aux cadrages disparates et au grain trouble proposent des réminiscences floues de scènes « homosociales », des hommes qui jouent au football, qui dansent, des corps masculins moulés dans des tenues de sport. Une succession de plans empruntés à une mémoire qui fonctionne sur le principe de la cassette vidéo. Dans les autres salles vides, l’espace est dévolu aux performances à venir.

Move, Centre Pompidou Forum -1
Programmation en continu du 25 mai au 9 juin
Entrée gratuite
Programme détaillé ici

Visuel : ©Juliette Mariani pour Toute La Culture

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Juliette Mariani

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