Performance

As Deep As I Could Remember […] :  Une symbiose des sens

As Deep As I Could Remember […] : Une symbiose des sens

18 mai 2018 | PAR Agnes Polloni

Tarik Kiswanson, jeune artiste suédois d’origine palestinienne livre une performance au sein de Lafayette Anticipations – Fondation d’entreprise Galeries Lafayette , pour une immersion troublante, qui s’interroge sur la vie adulte interprété par des enfants dans une expérimentation initiatique.  

Dans une grande salle lumineuse, surplombée d’un étage supérieur, une foule se presse pour assister à la performance inédit de  « As Depp As I could Remember, As far as I could see. »

Une sonnerie de téléphone retentit volontairement dans un système audio, puis trois enfants rentrent en scène. Un garçon, une fille s’enlacent en fermant les yeux et commencent à chuchoter en anglais des phrases. De l’autre côté, un autre enfant, est seul et s’active dans un monologue toujours anglophone, repoussant des murs imaginaires de ses mains. 

Sous le regard d’un public curieux et stupéfait, les enfants ont les yeux clos et ne regardent pas le public, qui ne cesse de les immortaliser. 

À peine âgés de huit ans, leurs phrases résonnent dans la salle où se dressent des colonnes de pierre encore poudreuse. 

Leurs discours est mélodieux, porté par une philosophie, ce qui contrecarre fortement de leur jeune âge, leur prononciation de la langue anglaise est remarquable. Il s’avère que ces jeunes talents ont été trouvés dans une école franco-américaine de la capitale, CQFD.

De nouveaux venus viennent en scène, une fille puis deux garçons suivent, et continuent leur discours en ne prêtant aucune attention aux visiteurs qui les suivent et les observent à pleins yeux. 

Le regard est vide, l’intonation est maitrisée, on se retrouve comme plongé lors des récitations de poésies qui pouvaient être une source d’angoisse devant toute sa classe. Pourtant, ces jeunes enfants font preuve d’une maturité sans bornes, et s’avancent dans le public, tout en commençant à créer une interaction avec certains visiteurs choisis au hasard. 

Tandis qu’un petit garçon lance « Forgiveness is one of the most important thing of life, seminaries have been do on that », une petite fille dessine de ses mains les contours d’un spectateur, s’attardant sur les courbes du corps, non sans rappeller le sien encore bien trop jeune pour être sexualisé.

Leur tenue à chacun d’entre eux est étrange, et pourtant se prête au décors,vêtus de débardeurs, kimonos ou robes longues beiges, le choix de cette couleur est évocatrice comme le confirme Tarik Kiswanson «  de recréer à travers le textile l’étendue d’un désert. »

Les costumes ont été complètement réalisés par l’artiste, qui s’inspire d’un vestiaire mêlant oriental, et occidental. Ils furent créées à l’occasion de cette performance, avec l’atelier de modélisme Mode Estime, également chargée de réinsertion sociale. 

Tarik Kiswanson, est d’ailleurs présent dans la foule, et se glisse derrière les blocs circulaires de pierre, contemplant admiratif et ému le fruit de son travail. 

Ce jeune artiste a eue l’ambition folle qui nécessita pas moins de deux ans de travail, de réaliser une performance où s’aligne la sculpture, l’écriture et l’interprétation de ses pensées par des enfants. 

Au plafond, des lames d’acier à effet réfléchissant sont suspendues en hauteur, et dégoulinent sur les deux étages du lieu. Elles ont été crées spécialement à l’occasion de la représentation par l’artiste lui-même, formant un alliage poli et travaillé du métal, caractérisant son goût maitrisé de la sophistique. 

Tarik Kiswanson est doublement diplômé de la Central Saint-Martins à Londres et des Beaux-Arts de Paris. Libre et voyageur, il déroge à la règle du monde adulte parfois anxiogène, en se confiant sans détours sur les questions existentielles d’enfants, le regard qu’ils ont sur le corps humain mais aussi les différences culturelles, et frontières étatiques.

Une plongée en eaux troubles dans la bouche de jeunes, qui formulent leurs craintes face à des adultes, représentant presque métaphoriquement leur totems. L’expérience se poursuit d’ailleurs avec de nouveaux venus, toujours en costume de scène, formant ensemble un polygone irrégulier qui se bouchent tour à tour les yeux, et parlent en même temps, une cacophonie de voix fluettes reflétant l’inattention que l’on porte à autrui.

Les derniers enfants, véritable clou du spectacle se réunissent en chœur, et s’allongent par terre formant des figures géométriques, faisant transparaître dans l’imaginaire les contours d’un pays. Une poésie d’un instant, la sonnerie de téléphone retentit à nouveau rappelant aux talentueux interprètes que l’oeuvre est finie, acclamés sous un tonnerre d’applaudissements. 

 Crédit Photos : Agnès Polloni

? Tarik Kiswanson

 ? Fondation Lafayette

Agnès Polloni 

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Agnes Polloni

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