Théâtre

My Secret Garden au Théâtre du Nord [ Reprise au Théâtre du Rond Point ]

My Secret Garden au Théâtre du Nord [ Reprise au Théâtre du Rond Point ]

11 mai 2012 | PAR Audrey Chaix

 

Au Théâtre du Nord est jouée cette semaine My Secret Garden, pièce autofiction de Stanislas Nordey et de Falk Richter présentée à Avignon en 2010. Sur scène, trois comédiens : Nordey lui-même, mais aussi son fidèle compagnon, Laurent Sauvage, ainsi que Anne Tismer, actrice allemande issue du Schaubühne et muse de Thomas Ostermeier. Une pièce où l’homme, dans toute sa bassesse, toute son humanité, finalement, est au centre du propos.

 

Cela commence par un monologue, un long monologue de presque trois quarts d’heure, interprété par Stanislay Nordey. La première question, qui rythmera les dialogues comme un leitmotiv, c’est celle du titre de la pièce, encore non trouvé. Cela continue avec une enfance en Allemagne, à l’ombre de la Seconde guerre mondiale, une relation ambiguë avec la mère, une douloureuse adolescence en quête de soi. Falk Richter explore ici les ressorts de l’inconscient, mais si ce monologue apparaît comme un véritable tour de force pour le comédien, il finit par tourner en rond, et finalement, lasser – quelques minutes de moins auraient sans doute suffi à planter ce décor de désillusion.

 

La seconde partie résonne avec fracas, alors que Stanislas Nordey, se nommant lui-même, se retrouve dans une chambre d’hôtel à l’autre bout du monde, où les gratte-ciel sont éclairés par des enseignes lumineuses. Son désespoir est profond : on lui a commandé une mise en scène de l’opéra de Wagner Lohengrin, oeuvre préférée de Hitler, oeuvre qu’il exècre. Richter et Nordey se confondent ici, deviennent difficiles à distinguer l’un de l’autre. Anne Tismer, lumineuse, et Laurent Sauvage, à l’énergie folle furieuse, rejoignent le metteur en scène sur le plateau. Leur présence est solaire, pleine de cette énergie qui est celle des derniers instants. La pièce commence alors un jeu dangereux sur une corde très raide : maintes et maintes fois, elle menace de sombrer dans une facilité qui tient du cliché, suscitant les rires du public, bien sûr, mais manquant toutefois de subtilité et de finesse. Toutefois, une prise de distance intervient régulièrement pour montrer à quel point l’auteur est conscient de cette dérive, en joue même, pour mieux révéler la solitude intrinsèque des personnages, qui semblent jouer les uns à côté des autres plutôt qu’ensemble.

 

Une troisième étape permet au texte de prendre encore en puissance, alors que les comédiens démontent le fond de scène, constitué d’un large mur de caisses de métal empilées les unes sur les autres. La critique de la société de la consommation se fait alors évidente autour d’un barbecue sur le plateau, avec grill électrique et chipolatas, à l’occasion duquel les comédiens sortent des caisses de métal des ustensiles ménagers divers et variés. Dans une variation sur le thème du Mépris de Godard, Laurent Sauvage interroge Anne Tismer sur la futilité de sa vie qui lui échappe, qui glisse entre ses mains alors que son corps cède peu à peu, qu’il perd force et vigueur alors que la jeunesse s’enfuit. Un moment à la fois plein d’ironie, mais aussi empreint de la tristesse douce-amère d’un être humain qui a l’impression d’être passé à côté de quelque chose. De manière symbolique, Anne Tismer répond à Laurent Sauvage tout en vidant une bouteille de vin rouge dans un verre déjà plein, illustrant ainsi le trop plein d’une vie qui perd alors tout son sens.

Cette mise en scène monte ainsi peu à peu en puissance, portée par la force des comédiens, même si les thèmes dont elle s’empare paraissent rebattus. Aria sur le moi aux accents wagnériens dans son lyrisme négatif à outrance, My Secret Garden est une oeuvre égocentrée, un véritable éloge de l’individu face à la société de consommation. Il y a certes là l’arrogance bobo d’une certitude que le moi suffit à faire une pièce, que l’auteur revendique comme « triste et solitaire et merdique », mais cela est bien fait, et fonctionne si bien que le public paraît conquis.

 

 

Crédit photos : Christophe Raynaud de Lage

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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