Théâtre
Moreau met en scène sur Facebook

Moreau met en scène sur Facebook

01 octobre 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Hier le metteur en scène-dramaturge-régisseur Moreau a créé son texte Maman est folle sur Facebook. Avec cinq comédiens derrière leurs ordinateurs, animant des profils. Questionnements garantis. On s’en réjouit.

Moreau Maman est folle Facebook visuelL’auteur des Habitants – mis en scène en 2005 par Stanislas Nordey – et de la trilogie Des idiots nos héros – finaliste du Grand Prix de littérature dramatique 2014 – a convié il y a quelques temps ses amis Facebook à un événement : la création de Maman est folle (éd. Théâtre Ouvert, 2005), pièce qui met en parallèle les trajectoires d’une femme quittée par son mari, et de sa fille, pas encore née, juste désirée. Une création en ligne, sur le réseau social, à une date et un horaire précis. C’était hier, à partir de 20h.

Chacun dans son chez-soi, les spectateurs ont pris place devant leur écran. Sur la page de l’événement, un post équivalait à un début de scène. Comment s’enchaînaient ensuite les répliques ? Par commentaires successifs, en-dessous de ce post. Ainsi le profil Nat Halie répondait-il au profil Joan Ne, avec les mots de la pièce. Derrière ces entités virtuelles, portant les noms des personnages du texte, il y avait des comédiens, s’activant sur leurs claviers.

L’expérience s’est révélée plus que stimulante. Et éminemment littéraire, malgré l’écran. Le style de Moreau, à la fois charnel et conceptuel, aiguisé façon guillotine, a résonné dans le silence de Facebook. Un silence bien particulier, lourd de sens cachés. Pour décupler sa force, l’équipe nous a offert quelques pauses musicales, grâce à des vidéos You Tube postées avant certaines scènes. On a pu être interpellés, aussi, par la question de la temporalité du réseau social, à creuser.

Et curieusement, on a pas forcément choisi d’imaginer les scènes dans nos têtes, à partir des mots fournis. Non. Un écran fascine tellement. Tant d’autres dramaturges français brillants pourraient utiliser ce média pour faire advenir leur parole, et ce faisant, piéger le visiteur, trompé par la douceur familière du réseau… On remercie Moreau, artiste jamais à court d’idées, et tenant de la technique de l’ « acteur-régisseur », d’avoir pratiqué sa brèche d’hier soir. Et d’avoir convié les spectateurs connectés à le rejoindre, lui et son équipe, dans un bar pour échanger.

*

Maman est folle de Moreau. Mise en ligne : Moreau. Avec Audrey Liebot, Sephora Haymann, Jérôme Feigean, Jana Klein, Anaïs Chartreau. Durée : 55 min.

Visuel : © Cie Moreau

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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