Spectacles
Comme la mer, mon amour : une histoire d’amitié indéfectible portée au théâtre

Comme la mer, mon amour : une histoire d’amitié indéfectible portée au théâtre

15 septembre 2022 | PAR Christophe Candoni

Amis de longue date, l’écrivain Abdellah Taïa et la comédienne Boutaïna El Fekkak rejouent au théâtre leurs retrouvailles après une longue période de séparation inexpliquée dans Comme le mer, mon amour.

Alors qu’à l’âge de 25 ans, il vient d’émigrer de son Maroc natal vers la capitale française où il s’installe durablement, l’auteur d’Une mélancolie arabe, d’Un pays pour mourir, de Celui qui est digne d’être aimé ou encore de La vie lente  – autant de livres parus aux éditions du Seuil dont les récits très personnels sont d’une poignante portée émotionnelle -, fait une rencontre déterminante : celle de Boutaïna El Fekkak, une jeune femme marocaine comme lui et qui vit à Paris. Amis, ils ne vont plus se quitter jusqu’au 1er janvier 2000, date à laquelle elle disparaît mystérieusement de sa vie. La nuit de la Saint-Sylvestre aura été leur dernière soirée ensemble et l’occasion de faire les fous comme ils aiment le faire, de rire et chanter à tue tête dans la foule de noctambules pour la dernière fois. Ce n’est qu’une vingtaine d’années plus tard qu’Abdellah retrouve par hasard Boutaïna dans Paris, qu’il la suit dans le métro, dans la rue, pour finalement l’aborder et lui proposer de se retrouver autour d’un café, de parler et tenter de dénouer l’inexpliqué. 

C’est ce que racontent les deux artistes (et protagonistes de leur histoire) réunis sur le petit plateau de Théâtre Ouvert. Ils ont choisi une forme théâtrale qui privilégie la simplicité et la sincérité. Pensé comme un film, en écho à leur amour respectif pour le cinéma égyptien, le spectacle est soutenu par une bande-son et des images projetées particulièrement évocatrices de la portée romanesque et mélodramatique de ce qu’ils ont vécu. La scène devient pour eux le lieu où s’incarne la mémoire, nécessairement joyeuse et douloureuse.

Abdellah Taïa confesse avoir écrit ce qu’il appelle, non sans amusement, une « opération de vengeance à la marocaine » ; soit une pièce de théâtre retraçant, avec la malice et la liberté de ton qu’on lui connaît et qu’il a toujours revendiqué, cette histoire d’amitié indéfectible. Il ravive les souvenirs comme pour penser les plaies de l’absence et la douleur de la rupture. Alors qu’il se décrit comme quelqu’un sans attache, homosexuel assumé, qui fait défiler les histoires brèves avec les garçons, il dit cette fois s’être senti comme un chien malade abandonné lorsque son amie s’est volontairement éclipsée. Les secrets se dévoilent et l’émotion affleure superbement au cours d’une représentation assez brève et qui pourrait être davantage développée. Les deux artistes jouent avec une pudeur et un plaisir non dissimulés, une facétie juvénile, et une belle complicité teintée de nostalgie. A la décontraction et l’humour fin d’Abdellah Taïa répond la sensibilité à fleur de peau de sa partenaire Boutaïna El Fekkak. Ensemble, ils narrent et célèbrent une belle et profonde histoire d’amitié.

 

 

Informations pratiques

Théâtre Ouvert, jusqu’au 1er octobre, 159 Avenue Gambetta
75020 Paris.

Durée 1h.

Informations, horaires et réservations ici.

Visuel © Jean-Louis Fernandez

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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