Théâtre
Grès, l’ingrédient d’une révolution sociale et culturelle

Grès, l’ingrédient d’une révolution sociale et culturelle

22 novembre 2021 | PAR Rudy Degardin

La semaine dernière, le Théâtre Ouvert a accueilli la nouvelle pièce de Guillaume Cayet, Grès (tentative de sédimentation). Un monologue aussi musical que politique. Une proposition qui ne laisse pas indifférent. 

 

Face à soi, le Sphinx. Sa question et sa réponse. Un enjeu immense : devenir roi ou mourir.

« Quel est l’animal qui marche sur quatre pattes le matin, deux jambes le midi, et trois le soir ?

– V.T.F.F. – vas te faire foutre -. »

 

Grès (tentative de sédimentation), c’est l’histoire d’un homme qui refuse de jouer la tragédie. Insulter le tout puissant Sphinx, jeter un pavé dans une vitrine – même combat. Sur les planches du Théâtre Ouvert, Guillaume Cayet nous partage sa « colère familière ». Celle de milliers de gilets jaunes, sortis de leur voiture respective pour se rassembler autour des ronds points. Des grains de sable, ballottés par le vent et prenant conscience qu’ensemble, ils peuvent former une roche solide. Un Grès jeté au cœur d’une machine infernale.

Ce monologue peut au départ effrayer. La mise-en-scène épurée ne flatte pas le public. Ici, le pauvre ne sera ni esthétique, ni romantique. Pour autant, il ne s’agit pas non plus d’une énième complainte sur la souffrance des précaires. Chaque minute du seul-en-scène, nous embarque au cœur du processus de sédimentation.

Un Grès qui chasse le tragique mais frappe par sa justesse

Sur un fond musical, le spectateur embarque aux côtés d’un vigile de centre commercial – joué par Emmanuel Matte – qui en vient peu à peu à devenir gilet jaune.

Le chemin sera long. Le personnage se confronte d’abord aux limites de son imaginaire. Mais les promesses du Sphinx et la lampe d’Aladin tiennent difficilement dans un quotidien fait de parking, centre-commercial, boulettes de viande et bouchons sur l’autoroute.

« On mange avec les gosses, on parle un peu de leur avenir. La grande est en troisième. Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Son frère répond « chômeuse ». Ça ne fait rire personne je lui dis. J’aimerais être inséminatrice, elle dit, surtout pour les vaches elle précise. Je me dis : on a l’imaginaire dont on hérite. A la campagne, pourquoi voudrait-elle être députée ? »

 

Guillaume Cayet nous montre que pour se soulever face à un ordre jugé injuste, le combat est d’abord intérieur. Le futur gilet jaune doit alors réapprendre à rêver tout en déconstruisant la morale intégrée. La paix est-elle « ce qu’il y a de plus beau » alors que sa femme vient d’être licenciée ? Doit-il « faire l’enfant gâté » alors qu’il a des pensées suicidaires ? Dans cette lutte pour la dignité, la notion même de « violence » est à redéfinir. Si au départ, il pense que « C’est pas parce qu’on est pauvre qu’il faut foutre le bordel. », le poids de ses oppressions le pousse à se soulever. Mais pour y arriver, il doit aussi abandonner la langue de l’adversaire. Traître. Voleur. Ces mots qui l’enchaînent et l’éloignent de ceux qu’il juge à présent être ses semblables.

Entre jeux de lumière et enchaînements musicaux, cette proposition dévoile alors la recette d’une révolution sociale et culturelle. Celle de ces masses, difformes et sédimentées partout en France pour tenter de redéfinir les règles de leur propre destinée.

Grès (tentative de sédimentation), une pièce écrite et mise-en-scène par Guillaume Cayet, joué par Emmanuel Matte et accompagné en musique par Valentin Durup et Caetano Malta. Au Théâtre Ouvert, du 16 au 20 novembre 2021 et en tournée pour la saison.

 

Visuel 1 et 2 : © Pascal Aimar 

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