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« Les lumières de Central Park » : poignantes nouvelles de Tom Barbash

« Les lumières de Central Park » : poignantes nouvelles de Tom Barbash

01 octobre 2015 | PAR Géraldine Bretault

Tom Barbash est l’auteur d’un roman sur l’après 11-septembre (The Last Good Chance), et de nouvelles parues dans divers magazines et revues littéraires américaines. En attendant la parution de son prochain roman, les éditions Albin Michel nous invitent à découvrir son écriture à travers un recueil de 13 nouvelles.

[rating=5]

Dès la première page de la première nouvelle (« La rupture », p. 9), un personnage envoie un exemplaire de Gatsby le Magnifique à un ami. Comme par affinités électives, le lecteur sait d’emblée qu’il s’apprête à plonger dans un univers littéraire bien circonscrit, dans le sillage de Fitzgerald, en des contrées où la mélancolie le dispute éternellement à l’élan vital.

Si vous aimez les nouvelles, et en particulier si vous goûtez le style de John Cheever, et que Manhattan reste un des plus beaux paysages américains à vos yeux, vous ne ressortirez pas indemnes de cette lecture.

Quels que soient le sexe, l’âge, le statut social de ses personnages, Tom Barbash semble doué de pouvoirs extranaturels pour s’infiltrer dans leurs imaginaires et s’emparer de leurs pensées les plus inavouables. On reste saisi par sa rapidité à planter un décor, à nous introduire dans l’intimité la plus reculée des foyers, au moment le plus critique de la vie des personnages.

La terrible solitude maladroite d’une mère qui s’ingère dans la vie sentimentale de son fils (« la rupture »), le récit en temps réel d’une soirée (« La soirée des ballons géants »), digne de The Party ou Breakfast at Tiffany’s, dont on ignore l’issue sentimentale pour son hôte, ou encore les affres irréconciliables de la différence d’âge dans le couple (« Spectateur »), sont autant de thèmes poignants et douloureux, dont Tom Barbash s’empare à bras le corps pour en extraire la quintessence. La forme de la nouvelle se prête particulièrement à cet exercice, dont il maîtrise d’ailleurs autant la pirouette finale que l’incipit.

Si vous aimez John Cheever, voici son digne héritier. À découvrir d’urgence.

 » J’avais à nouveau regardé la photo de Lauren. Je me suis dirigé vers la penderie. J’ai essayé l’une de ses jupes et mis son pull rouge. J’avais douze ans à l’époque, et je savais que c’était le lien le plus intime que je pourrais jamais avoir avec une fille de six ans mon aînée », p. 78.

 

 

 

 

 

Les lumières de Central Parkde Tom Barbash. Traduit de l’américain par Hélène Fournier. Éditions Albin Michel – Collection Terres d’Amérique. Parution : octobre 2015. 272 p. Prix : 22,90 €.

 

 

Visuels : @ couverture du livre

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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