Théâtre

Misérables d’après le Roman de Victor Hugo : le minimalisme d’une pièce face à un roman monumental.

06 novembre 2009 | PAR Audrey Saoli

Une adaptation des Misérables en 1h15  jouée par 3 comédiens : le pari semble très audacieux. Comment résumer ce roman monstrueux en si peu de temps ? Comment saisir l’essence d’une œuvre qui réside dans sa monstruosité ?

On connait tous plus ou moins les grandes lignes de  l’histoire… Tout le monde croit connaitre le roman, même ceux qui n’ont jamais ouvert le livre. Quel intérêt à re-résumer une œuvre qui a déjà tellement perdu de ses nombreux rétrécissements ?

La compagnie Philippe Person répond par le décalage et cela fonctionne.

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Cette troupe en résidence au Lucernaire a choisi une adaptation très libre de l’œuvre. Le Roman de Victor Hugo sert alors de matière première pour un texte amusant de Philipe Honoré et des acteurs talentueux. Il y a beaucoup d’humilité face au roman devenu quasiment mythique. A aucun moment la troupe n’a la volonté de nous livrer un nouveau Misérables. Il y a juste, et c’est bien suffisant, trois comédiens qui vont délivrer avec impertinence un commentaire de l’œuvre, et, pour enrichir leur argumentation, vont illustrer leurs propos par des exemples joués de la pièce.

Les partis pris de scénographie sont également très bien pensés. Ils répondent avec talent et minimalisme à la folie des grandeurs de Hugo. Avec quelques subterfuges bien pensés, Vincent Blot, nous conduit sur les barricades à grands renforts de sirènes de police.

De plus la silhouette symbolisant le pugnace Javert est remarquable.

La compagnie nous conduit dans une ambiance de cabaret-cirque ou les costumes sont changés à vue et où les numéros se suivent sans véritable linéarité de l’œuvre. On se réjouit qu’il n’y ait aucune ambition narrative.

Il est toutefois dommage que le metteur en scène Philipe Person, se sente obligé d’user de procédés un peu faciles et démagogiques pour capter l’attention des spectateurs. Je me serais volontiers passée des oublis surjoués et superficiels de datation de l’œuvre ou encore du cœur en néon s’illuminant quand Cosette et Marius s’embrassent…

On retient plus volontiers les monologues très fins et bien choisis des comédiens jouant des extraits du roman.

En sortant de la pièce le spectateur n’a pas l’impression de connaitre les Misérables dans son intégralité  mais il a, en revanche, une irrépressible envie de lire (ou de relire) le roman.

Les Misérables d’après le roman de Victor Hugo, avec Anne Priol, Emmanuel Barrouyer et Philipe Person, mise en scène de Philipe Person, Le théâtre Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs 75006 Paris, M° Notre Dame des Champs, du mardi au samedi à 20h jusqu’au 10 janvier 2010, 1h15.

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Audrey Saoli

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