Théâtre

Les silhouettes découpées de « Miniatures », grands effets pour petits moyens

Les silhouettes découpées de « Miniatures », grands effets pour petits moyens

05 juin 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Retour sur Miniatures, spectacle de Maëlle Le Gall de la compagnie Kiosk Théâtre, présenté à Paris lors des Scènes Ouvertes à l’Insolite. Une forme courte de théâtre de papier, appuyée sur des silhouettes découpées dans des photographies noir et blanc. L’histoire simple mais cruelle d’un garçon un peu trop seul, de sa poule, et de deux fillettes peu sympathiques, jouée avec finesse sur une table au décor minimaliste. Poétique et convaincant.
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Voir Miniatures avec 30 autres personnes dans le centre de documentation du Mouffetard est presque un contre-sens, s’agissant d’un spectacle taillé pour une grande intimité, qui a été pensé pour se jouer dans le cocon d’une caravane. Qu’à cela ne tienne: il ne faut pas bouder le plaisir de découvrir cette création de 2014 (tout de même!), qui a du charme autant que de la subtilité.

Difficile de ne pas trop dévoiler en résumant l’histoire, tant l’arc narratif unique est vite raconté, puisque là n’est pas la force de la proposition. En quelques mots, il s’agit de l’histoire d’un petit garçon trop seul, et de ce qu’il sera prêt à sacrifier, contre son propre intérêt, dans sa quête d’une compagnie humaine. C’est aussi, en négatif, l’histoire des individus qui l’ignorent, le manipulent aussi, avec une indifférence cruelle. Ces thèmes sont suffisamment forts et universels, en eux-mêmes, pour que l’histoire, même simple, se suffise.

Au-delà, ce qui compte avant tout ici, c’est la proposition visuelle aboutie. Théâtre de silhouettes découpées dans des photographies d’enfants en noir et blanc, dont on devine les originaux assez anciens au vu des vêtements portés par les enfants, c’est une proposition très sobre, mais qui justement tire sa force de cette sobriété. Quand les projecteurs n’éclairent que quelques figures cartonnées, elles prennent immédiatement une place considérable. Ce n’est pas à dire qu’il n’y a que cela à regarder, car, au-delà de quelques accessoires, tel un ballon rouge que les fillettes se renvoient, le visage de l’actrice-marionnettiste est présent dans le champ éclairé par les lumières. Les expressions de ce visage, l’intensité de la concentration qui s’y lit, sont au moins aussi fascinants que le jeu des figures.

Ces dernières font l’objet d’une vraie animation, en ce qu’elles sont bougées, d’une façon évidemment plus symboliste que réaliste, avec l’intention de les investir d’une vie propre, malgré leur caractère essentiellement immuable. D’astucieux effets de profondeur, d’apparition-disparition, et de changement de certaines figures, insufflent une vie tout-à-fait suffisante aux personnages. La marionnettiste sait parfaitement focaliser le regard et l’attention là où ils doivent se porter. La dramaturgie, autant visuelle que narrative, fonctionne alors parfaitement. Et une petite touche d’humour noir, notamment à l’endroit de la mère du garçon, vient relever l’ensemble.

On peu ressortir du spectacle légèrement frustré de sa brièveté, ce qui est souvent le cas des formes courtes quand elles sont réussies. De même de la simplicité de l’histoire, qui arrive tout de même à dessiner des enjeux assez complexes, et à donner de la profondeur aux personnages et aux situations. Mais il serait bien difficile de faire de vrais reproches à ce spectacle bien conçu et bien rôdé. Le talent d’interprétation de Maëlle Le Gall est difficilement discutable. L’émotion est immédiate, et il est difficile de ne pas éprouver une certaine empathie pour la solitude du protagoniste.

On peut voir ce spectacle un peu partout sur les routes cet été, et c’est tant mieux. Notamment le 13 juillet, au Festival Récidives, à Dives sur Mer (14), du 22 au 25 Aout, à Aurillac (15), puis à Paris à la rentrée, du 19 au 21 octobre, dans le cadre du festival La Grande Echelle, au Théâtre Montfort.

Mise en scène et interprétation : Maëlle Le Gall
Visuels: (c) Pierre Acobas

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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