Théâtre

Michel Boujenah joue du Woody Allen, et ça marche !

Michel Boujenah joue du Woody Allen, et ça marche !

01 mai 2012 | PAR Cecile David

Imaginez Michel Boujenah dans un Woody Allen ! Le metteur en scène Daniel Benoin a eu la bonne intuition d’adapter sur les planches françaises Whatever Works (Après tout, si ça marche en version française), satire sociale du réalisateur américain sortie en salles en 2009. Et ça marche !

 

Dans le rôle de Boris le New-Yorkais, devenu Maurice le Parisien, Michel Boujenah excelle. Misanthrope, hypocondriaque, angoissé chronique et particulièrement imbuvable, il reste profondément fidèle au personnage d’origine en conservant ses mimiques, son sarcasme et son allure de sexagénaire boiteux.

Daniel Benoin suit à la lettre l’intrigue d’origine. Pessimiste jusqu’au bout de sa tignasse poivre et sel, Maurice crache de la même façon que son homologue américain sur la race humaine et l’imbécillité de ceux qui la forment. Génie et suicidaire raté (il manque son coup deux fois), il passe ses journées à médire ces « zombies décérébrés » à qui il donne des cours d’échecs, entouré de ses deux amis Paul et Léo et d’un bon verre de vin.
Jusqu’au jour où il rencontre Mélodie, un ange venue d’Ardèche dont la naïveté et la beauté juvénile laisse baba le vieil aigri. Élue reine de l’abricot dans sa région, elle fuit sa famille trop protectrice et demande à Maurice de l’héberger. Pour finalement rester, l’enquiquiner puis le toucher et l’épouser. Nora Arnezeder pétille dans le rôle de l’ingénue, apporte la fraîcheur nécessaire à cette histoire que le personnage de Maurice aurait rendu à lui seul, trop pesante. Ainsi, la belle confond le terme « occipital » avec celui d’ « occidental », fait l’équilibre quand son époux aborde des sujets existentiels, pense que la mécanique quantique n’est autre que l’art de réparer les vieilles voitures.

 

L’arrivée de Marie-Laure, mère de Mélodie (Cristiana Reali, pétulante), donne elle aussi un nouveau souffle à la pièce en débarquant au beau milieu de l’histoire avec pour seuls bagages ses bondieuseries et ses principes. De bourgeoise coincée, elle mue au fil des scènes en une artiste bohème sexuellement débridée, ce qui la rend d’autant plus sympathique ! Elle est ainsi source de scènes savoureuses comme celle où Maurice est contraint de réaliser un diaporama pour expliquer au public comment sa belle-mère est devenue polygame.

Le film a des allures de pièces de théâtre (peu de personnages et de lieux différents) et la pièce de Benoin celles d’un film. Son décor est ainsi fait de rails grâce auxquels défilent les différents espaces de l’intrigue mais aussi de toiles grandeur cinéma sur lesquelles sont projetées les rues de Paris, une brocante ou encore la façade du Panthéon. La magie du septième art et des planches fusionnent et l’histoire new-yorkaise se retrouve ainsi ingénieusement transposée dans les rues de Paname. En fond sonore, Maurice Chevalier et Serge Gainsbourg se succèdent. Ce changement de décor fonctionne à la perfection. Car Woody Allen, fidèle à lui-même, réalise moins avec Whatever Works une fresque sociale des États-Unis qu’une critique drolatique de l’espèce humaine, plus proche de son terre-à-terre Escrocs mais pas trop (2000) que du romantique Minuit à Paris (2011) . Et ça, Daniel Benoin l’a bien compris.

© Hanel

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Cecile David

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