Théâtre

Une inquiétante Leçon de Ionesco au Théâtre de Nesle

Une inquiétante Leçon de Ionesco au Théâtre de Nesle

01 mai 2012 | PAR Emma Letellier

Dans la simplicité chaleureuse et envoûtante du théâtre de Nesle, une petite Leçon inquiétante réunit spectateurs et acteurs autour des fantaisies sarcastiques d’Eugène Ionesco.

Né en 1912, Eugène Ionesco aura traversé les heurs et malheurs d’un siècle singulier où l’absurde a pu prendre racine au théâtre sans que ce dernier manquât à sa mission réflexive. En développant un langage proche du quotidien et pourtant invariablement dérouté vers l’incongru, ses pièces nous entraînent dans un parcours fantastique au cœur même du réel. Comme si, par une étonnante alchimie, le plus invraisemblable parvenait à rendre compte du plus véridique. Dans La Leçon, comme dans Les Chaises, les personnages s’affairent avec minutie au maintien d’un quotidien éminemment normé en apparence, mais qui, les dialogues progressant, se révèle de plus en plus étrange.

Dans la mise en scène qu’il présente ce mois-ci au Théâtre de Nesle avec la Compagnie Dimitra, Telmo Herrera, propose d’ancrer cette leçon de savoir vivre dans le monde à la fois fantasque et détonnant de Tex Avery. Dans un préambule silencieux, le spectateur surprend le professeur s’amuser, derrière un écran, d’un épisode de ces dessins animés pour adultes en mal d’innocence. Mais les hurlements du grand loup trop maigre courant les jupons du Red Hot Riding Hood version pin-up de cabaret, se transforment bien vite en vindictes imposées par un précepteur impuissant devant les frivolités de sa jeune élève. Le cache-cache qui oppose celui-qui-sait et celle-qui-ne-sait-pas-encore hésite un long moment avant d’emprunter la sente glissante d’un petit jeu qui ne pardonne plus. Entre les livres et les crayons, un couteau de plastique vraiment très plastique chatouillera la gorge du jeune chaperon, devenu objet de convoitise. Le derrière étalé sur le bureau de son professeur, l’élève n’hésitera pas à ravaler son mal de dent quand la cruauté d’une humanité déboussolée ne résistera plus au vernis social.

Si la mise en scène ne semble s’inquiéter ni du décor, ni des costumes, l’attention portée au texte, à son rythme et à sa musique donne à ce spectacle toute la force nécessaire pour que les propos d’Eugène Ionesco nous parviennent sans anicroches.  Pascal Humbert se livre avec brio au jeu des répliques sans fin, le spectateur entend tout et regrette simplement que les acteurs ne s’abîment pas davantage encore dans les gouffres cruels dessinés par Ionesco.

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Emma Letellier

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