Théâtre

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Mefausti lâche les chiens au Théâtre des Bouffes du Nord

05 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Théâtre des Bouffes du Nord accueille une nouvelle version du mythe de Faust. Mefausti, mis en scène par Damien Odoul croise les genres et les époques pour venir perturber notre petit confort de spectateurs bourgeois-bohème. Une petite bombe déroutante et inratable. Attention… des chiens méchants vous attendent au bord du plateau !

Dans le conte de Goethe, Dr Faust est un savant déçu par son statut, il contracte un pacte avec le Diable qui lui offre une nouvelle vie en échange de son art.  Ici,  c’est le texte bien antérieur de Christopher Marlowe qui est réadapté. L’idée est ici respectée. Faust, campé par Mathieu Amalric faisant admirablement ses premier pas sur une scène, est un auteur en perte de succès, plus personne ne le lit, les journalistes le traitent de démago et summum, sa femme canon (Cécile Chatignoux ) le trompe avec un certain Méphistophélès ( Damien Odoul) . L’ambiance est lourde.

Le décor se construit peu à peu, dans une scénographie aux accents Castelluci, un home peint sans relâche, noir sur noir, une toile monumentale. La leader d’un groupe punk ici devient djette électro, elle se nomme Aurélie Mestres et a le don de transformer la chapelle des Bouffes du Nord en bas-fonds infernal. La musique envahit l’espace sombre alors que Faust décide tranquillement de changer de vie. Il fréquente l’amant de sa femme, qui lui présente son monde. Mohamed Aroussi , un acétique danseur de Butô, une performeuse plantureuse qui viendra jouer les catcheuses du désir (Pauline Jacquart). Puisque la vie est un combat, ce diable s’entoure aussi d’un boxeur, trois fois champion du monde, Fabrice Bénichou. Le temps nécessaire à opérer un tournant radical et c’est l’heure du fameux pacte : pendant 24 ans, Faust donnera son âme en location au Diable. Faust réalise alors qu’il est en enfer, que « l’enfer c’est ici » (…)  » personne n’en est jamais sorti. »

Ce jardin d’Eden inversé est devenu la propriété de Méphistophélès, » j’y ai lâché mes chiens » dit-il.  Un Matin de Naples et un Mastiff anglais, comme des monstres, à taille humaine, l’un est tenu en laisse par une chaîne allant se nicher dans le cintre, l’autre est muselé, mais en liberté. Ils aboient, ils bavent. Liberté enchainée, liberté muselée. C’est là tout le fil conducteur de cette pièce dense qui vient situer le célèbre mythe sur le champ de la création artistique en soulevant des questions attendues mais pas résolues pour autant. Que devient une œuvre une fois crée ? Pour continuer à la posséder faut-il la détruire ? Faust prend bien sûr plaisir à dominer les âmes des autres. Lassé, Faust décide « d’aller plus loin » pour « vivre encore » et commet l’irréparable au point de se faire lâcher par le Diable en personne.

Odoul vient nous attraper en nous questionnant sur un sujet que l’on pourrait croire obsolète. Qui est le diable aujourd’hui. Qui peut encore croire à ces foutaises ? A ces forces ? A ces démons qui nous ensorcellent ? La pièce gagne en puissance maléfique tout au long de sa progression. Pour cette troupe hétérogène, le pari d’une interprétation contemporaine de ce mythe si connu fonctionne de façon démoniaque !

Visuel (c) Marie-Eve Nadeau

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

4 thoughts on “Mefausti lâche les chiens au Théâtre des Bouffes du Nord”

Commentaire(s)

  • Sandra

    Je crois que vous confondez Cécile Chatignoux (la « catcheusedu désir » ou encore la fan meurtrie) et Pauline Jacquart (la femme de Faust) et non pas le contraire…
    Du reste, il s’agit d’une mise en scène assez décousue, nourrie d’idées qui partent dans tous les sens et qui manquent affreusement de cohérence, de beauté d’ensemble. On en sort étonné et assez déçu.

    octobre 10, 2011 at 16 h 27 min

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