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Pianomania : Le jour et la nuit du piano au Théâtre des Bouffes du Nord, un marathon pianistique de haute volée !

Pianomania : Le jour et la nuit du piano au Théâtre des Bouffes du Nord, un marathon pianistique de haute volée !

25 novembre 2022 | PAR Geraldine Elbaz

Dans le cadre du festival Pianomania, le Théâtre des Bouffes du Nord proposait le 20 novembre dernier une journée exceptionnelle orchestrée par Laurent de Wilde, rassemblant 13 pianistes plus talentueux les uns que les autres. Une journée sous le signe du partage et de la virtuosité !

Imaginez un dimanche de novembre gris, froid et pluvieux. Imaginez un grand théâtre chargé d’histoire au nord de Paris. Imaginez un florilège de pianistes invétérés… Quoi de mieux qu’une orgie de piano de 11h à 23h pour oublier le temps maussade ? 

Quand le public s’installe dans ce lieu magique à l’acoustique exceptionnelle, les volumes impressionnent et les regards s’attardent sur l’architecture et les hauteurs sous plafond. Au centre de la scène, deux pianos. Un magnifique Steinway relié par des fils à un piano droit mécanique lumineux, dont l’intérieur visible va s’animer sous nos yeux. La journée s’annonce riche et intense. 

Une matinée inspirée

Pour démarrer les festivités, Edouard Ferlet nous présente Pianoïd, son dernier album sorti en 2021. Quand il se met à jouer sur un piano, l’autre se met en marche et l’accompagne. Nous entrons dans une nouvelle dimension. Sa musique ne ressemble à aucune autre. Expérimentale, futuriste, elle casse les codes et nous offre quelque chose de nouveau. Les sonorités nous frappent par leur originalité. Du jazz 2.0. ? Du classique réinventé ? Son univers semble sans limite…

Entre chaque prestation, le piano est réaccordé par Bastien Herbin, qui veille au confort des artistes. Le piano mécanique d’Edouard Ferlet quitte la scène et c’est au tour de Leila Olivesi de nous offrir un moment intimiste, en tête à tête avec le Steinway. Elle rend tout d’abord hommage à Peter Brook, dont l’histoire est intimement liée aux Bouffes du Nord. La pianiste nous raconte avoir vécu à l’âge de 13 ans ses premières émotions théâtrales dans ce lieu avec La Tempête de Shakespeare. Elle nous interprètera notamment « Prelude to a Kiss » de Duke Ellington, ainsi qu’une version piano solo d’Astral, titre de son dernier album. Un très joli moment musical.

Ensuite, c’est le compositeur Benjamin Moussay qui entre en scène et nous emmène vers un ailleurs poétique et sensible. Sa musique nous évoque une odyssée cinématographique. L’espace d’un instant, il nous plonge dans un monde onirique, enrobé de douceur et de beauté.

Cheick Tidiane Seck arrive alors sur scène avec son port altier et sa démarche superbe. Vêtu d’un magnifique poncho blanc à pompons, il s’installe au piano et avant même de commencer à jouer, il se passe déjà quelque chose. L’immense pianiste malien a accompagné les plus grands, de Santana à Ornette Coleman en passant par Joe Zawinul et Randy Weston. Cette fois, nous allons l’écouter en solo. Les touches sont frappées fort, il chante et nous récite des poèmes d’Aimé Césaire. Nous sommes hypnotisés par les accords répétitifs, comme un mantra. Sa musique est spirituelle, porteuse d’un message puissant.

Une après-midi créative

Le programme de l’après-midi débute avec Giovanni Mirabassi, qui nous présente son dernier album intitulé Pensieri Isolati. Son jeu est délicat, subtil, élégant. En 30 minutes, il réussit le pari de nous arracher à notre réalité pour nous emmener avec lui dans un ailleurs sublime.

Chassol nous propose ensuite une mini masterclass, dans laquelle il nous explique comment il construit ses morceaux. À partir d’une note, il se lance dans une suite d’accords en descendant sur le clavier. Il nous dit préférer les grilles, les accords, aux mélodies. Sa démonstration pianistique sera éloquente. La nature, le chant des oiseaux seront pour lui aussi une source d’inspiration inépuisable. Enfin, en isolant deux mesures de l’Intermezzo du concerto pour orchestre de Bartok, il nous fera une improvisation inspirée. 

Pierre de Bethmann nous confie que le piano solo n’est pas un exercice facile et s’apparente à celui d’équilibriste. Il nous présentera une sélection de ses compositions plus ou moins récentes et nous parlera de son dernier album intitulé Chaud-Froid (Paradis Improvisé) enregistré partiellement en duo avec la jeune chanteuse Cynthia Abraham, qui nous fera le plaisir de le rejoindre sur scène. Un moment hors du temps. 

Mario Canonge, pianiste martiniquais, cofondateur du groupe de jazz-rock-fusion Ultramarine, nous offrira une jolie sélection de son répertoire avec notamment « À fleur de terre » (mitan) et « Les Trois Fleuves » (Zouk Out), en hommage au poète guyanais Léon-Gontran Damas, dont les origines africaines, européennes et amérindiennes ont inspiré le pianiste. Une demi-heure de pur bonheur. 

La pianiste Clélya Abraham, benjamine du festival, qui n’est autre que la sœur de Cynthia, nous jouera quelques titres de son dernier album La Source (« Padjabel », « Hurricane »). Elle nous expose ici toute l’étendue de son jeu, virtuose, affirmé, sensible. Sa créativité est hallucinante et ce n’est qu’un début. 

Pour clore cette après-midi foisonnante, le multi-instrumentiste aux capacités hors normes Bernard Lubat nous fera l’honneur d’un mini-récital, où toutes les émotions seront exposées en musique avec de jolies citations. Après un orage pianistique impressionnant, retour au calme avec « Les Feuilles mortes » revues et corrigées, qui s’invitent dans son morceau. Canon !

Une soirée exceptionnelle 

Après une courte pause, pour nous laisser le temps de nous remettre de cette avalanche de piano, la soirée débute avec le talentueux Grégory Privat. La délicatesse au bout des doigts, l’élégance du geste, la fluidité de l’exécution, la beauté de la mélodie et des accords : tout chez ce pianiste inspiré nous enchante. Il nous plonge irrémédiablement dans un monde de grâce poétique. À la fin de sa prestation, il choisira de nous interpréter « Le Chapelier », extrait de son dernier album Yonn. Le public est sous le charme et l’accompagnera en chantant. Un très joli moment de connexion et de partage.

En apothéose de cette journée hors norme, c’est le duo formé par Laurent de Wilde & Alain Jean-Marie qui clôturera l’événement avec une sélection de standards, dont « Blues on the Corner » de McCoy Tyner, ainsi qu’une composition de Laurent de Wilde intitulée « Pannonica » (New Monk Trio), en hommage à Monk. Il dédiera même le morceau à sa fille venue assister au concert et qui porte ce prénom. 

Une journée qui restera marquée dans nos esprits pour longtemps.

 

Festival Pianomania – 2e édition

Le jour et la nuit du piano

Dimanche 20 novembre 2022 

Au Théâtre des Bouffes du Nord

Anteprima Productions

 

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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