Théâtre
Maxime d’Aboville en beau parleur dans le Dom Juan de Molière

Maxime d’Aboville en beau parleur dans le Dom Juan de Molière

17 octobre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Christophe Lidon, directeur du CADO, nous convie à la répétition publique de son Dom Juan de Molière. Dans Dom Juan – répétition en cours, le duo Maxime d’Aboville (Dom Juan) et Marc Citti (Sganarelle) est inoubliable.

Christophe Lidon explique : Dom Juan pour moi rend hommage au Théâtre, ce lieu où l’on retrouve son âme et ses battements de cœur. Dans ma version, il n’y a pas moins de Dom Juan et plus de répétition, ou vice-versa. Vous aurez la pièce dans sa totalité et sa splendeur avec ce personnage qui nous renvoie un miroir noir dans lequel nous sommes obligés de plonger. Dans une mise en abîme au goût du jour, le spectacle imaginé pendant les mesures sanitaires (il a même été reporté, causant des sueurs froides à l’équipe), nous pousse à réfléchir sur le spectacle vivant, les artistes, leur métier et le fondement de leur art. 

Un spectacle vivant

La scénographie légère mais à l’esthétique puissante laisse la part belle à l’acting. Nous retrouvons le Molière plaisantin, anti-clérical, anti-médecins,  laïque et amoureux de la vie. La pièce est dite. Parfois le metteur en scène, Christophe Lidon lui-même, intervient pour répondre aux questions d’un acteur, pour rappeler les intentions et avec son plaisir. Les scansions de la répétition en cours enrichissent le rythme et l’humour.  Nous sommes au milieu d’un spectacle très vivant.

L’histoire est connue. N’écoutant que son plaisir Dom Juan enchaîne les conquêtes. Ses victimes deviennent des jouets de sa rhétorique de séducteur. Son serviteur Sganarelle, faussement loyal,  s’inquiète de l’amoralité de son maître et voudrait l’extraire de sa pente dangereuse, tandis que son père voudrait le bannir. Rien ne semble sauver Dom Juan de la récidive. Il se moque de tous, de ses victimes, de Sganarelle, de son père et du Commandeur. Prisonnier de son principe de plaisir massif et exclusif il ne se dépasse que dans un au-delà de ce principe de plaisir que par une répétition compulsive aussi enivrante que mortifère. 

Molière à l’époque emprunte le personnage au théâtre espagnol. Dom Juan à l’origine rustre devient un débauché éclairé et cultivé. Il forme avec Sganarelle un duo édifiant. Le libertin se brûle dans la quête d’un individualisme qui percute l’ordre religieux et s’accommode mal avec l’égalité homme-femme. La pièce se situe à la pliure entre l’archaïque patriarcat religieux, la religion et l’actuel mouvement #metoo. De cette équation, Dom Juan pratique un jusqu’au-boutisme funeste. Mais hilarant.

Maxime d’Aboville lumineux

Au premier chef, le projet de Christophe Lidon est de célébrer le théâtre. Le religieux, le destin tragique du héros et la statue du commandeur sont là en filigrane. Il s’agit d’abord de célébrer les mots de Molière, son ironie et le jeu des comédiens. Ils sont tous merveilleux. Christelle Reboul est stupéfiante en Elvire. Jean Marie Galey est truculent en pauvre paysan. Rose Noël est ébouriffante en sa fiancée Mathurine.   Valentine Galey, Grégory Gerreboo, Mathieu Métral finissent le cocktail d’un casting parfait.

Et il y a le duo Maxime d’Aboville (Dom Juan) et Marc Citti (Sganarelle). Les deux compères se répondent dans une harmonie rare. Et puis il y a Maxime d’Aboville, un comédien qui est beau parleur, séducteur et cabotin de naissance. Il est un Dom Juan inoubliable. Ses petits sauts, ses petits cris de fausses indignations appartiennent désormais à l’histoire du personnage.

Que du bonheur avec du théâtre classique qui émerveille. 

 

 

DOM JUAN – REPETITION EN COURS
de Molière
imaginé, mis en scène et scénographié par Christophe Lidon
avec Maxime d’Aboville, Marc Citti, Jean-Marie Galey, Valentine Galey, Grégory Gerreboo,
Mathieu Métral, Rose Noël, Christelle Reboul

du 1er au 15 octobre 2021 au Cado de Orléans.

Crédit Photo Affiche 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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