Théâtre

Macbeth au Trafalgar Studios à Londres : la production star du moment t !

Macbeth au Trafalgar Studios à Londres : la production star du moment t !

03 avril 2013 | PAR Audrey Chaix

C’est LA pièce du moment à Londres, celle qu’il faut avoir vue, mais rares sont les élus… Depuis que les places ont été mises en vente, toutes les représentations sont complètes, on se bat pour avoir le sésame, qui se vend à prix d’or sur eBay… Toutelaculture, avec la dévotion et le courage qui caractérisent la rédaction, a fait la queue pendant 4 heures devant le Trafalgar Studios, dans la fraîcheur d’un petit matin de mars à Londres… et a obtenu sa place pour le Macbeth de Jamie Lloyd, un de ces enfants chéris de la scène anglaise, avec l’Ecossais James McAvoy dans le rôle principal. Une chance !

La scénographie installe l’ambiance tout de suite : la scène, circulaire, est relativement exiguë  peu de place est laissée aux personnages, qui entrent et sortent du plateau par des trappes, de lourdes portes, et surtout par le fond de scène (qui s’ouvre même, au cours de la pièce, sur la rue – moment surréaliste que celui où l’on entend, au beau milieu d’une scène, quelques Londoniens attardés sur le trottoir, loin de se douter que se joue Macbeth à quelques mètres d’eux !), qui fendent les gradins installés au fond, face à la salle. Car environ 70 sièges sont installés derrière la scène, complètement intégrés dans le dispositif scénique, comme si ces spectateurs étaient la conscience du couple Macbeth, qui, à aucun moment, ne peut se soustraire aux regards ou tourner le dos au public. Extrêmement minérale, la scénographie plante un décor post-apocalyptique, qui donne encore plus de force à la profonde animalité qui secoue les personnages : du sang, des crachats, de la terre et du béton, voilà ce qui fait l’essence de cette histoire de soif du pouvoir, de trahison et de faute.

James McAvoy campe un Macbeth à la fois rageur et sexy : avec ses cheveux courts, un début de barbe et des traces de sang et de terre sur le visage, il est bien loin de ses rôles habituels de jeune premier – il est presque méconnaissable. Il forme un couple bien jeune avec Claire Foy, qui incarne Lady Macbeth, et l’on sent immédiatement la force du lien qui les unit (Jamie Lloyd accrédite la thèse qui dit que le couple vient de perdre un jeune enfant), notamment dans un geste magnifique où McAvoy attrape l’arrière de la ceinture de Foy, agenouillée au sol, et la tire lentement vers lui, signifiant ainsi son désir aussi bien que la force de leur intimité. Un équilibre fragile, entre amour et soif de pouvoir du couple maudit, est ainsi trouvé par les deux comédiens, qui entretiennent une dynamique vitale dans la construction du couple maudit.

Le reste de la distribution (notons l’effort fait pour la parité, avec de très beaux rôles campés par des femmes) est à la hauteur du couple McAvoy / Foy, avec notamment un Jamie Ballard très convaincant en Macduff, et un excellent Banquo campé par Forbes Masson. Cependant, au-delà des individualités, l’ensemble lui-même dégage quelque chose de fort, en particulier dans des scènes chorales où le poids de la fatalité se fait lourd et palpable.

Pour ceux qui auraient la possibilité de se procurer une place, ce Macbeth, plein de bruit et de fureur, comme il se doit, est donc parmi les pièces à voir en ce début d’année à Londres. L’esprit de Shakespeare y est respecté, dans une adaptation moderne qui tient presque du film d’action hollywoodien. Jamie Lloyd, à l’image d’un grand nombre de ses confrères, de Greg Doran à David Farr, en passant par Michael Grandage ou Michael Attenborough, prouve une fois de plus que le Barde gagne à être dépoussiéré. On en redemande !

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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