Théâtre

« Ma Famille » au Théâtre de Ménilmontant

« Ma Famille » au Théâtre de Ménilmontant

01 février 2013 | PAR Avela Guilloux

La Famille, vaste sujet, en ce moment-même décortiqué, observé de tous côtés, jugé, exposé…Au théâtre de Ménilmontant, un jeune garçon nous raconte sa famille, son histoire. Figurez-vous qu’il vit dans un monde très étrange…un monde où il est normal, admis, et même conseillé, de vendre ses enfants….On en vend un quand on a du mal à finir le mois ou quand il faut un nouveau frigidaire. Et puis parfois on les rachète, pour une fête de famille par exemple.

A l’arrivée, c’est un grand jeu de cubes qui nous attend. Couleurs, tailles différentes.  Les cubes, un des premiers jeux des enfants, avec lesquels ils construisent tours, villes, châteaux…indémodables, intemporels. Il sera donc impossible de dater ou situer l’action de la pièce. Et tant mieux. Parce que quand le comédien se tourne vers le public, et déclare, le plus naturellement du monde  » Mon père avait 5 ans quand il a été vendu pour la première fois »,  on se dit que le moindre indice indiquant le lieu ou l’époque aurait été malvenu. Il aurait plongé la pièce dans une atmosphère misérabiliste, lui aurait donné des allures documentaires. Là, au contraire, on écoute un jeune homme, qui nous raconte, d’une manière parfaitement détendue, comment, dans son pays, les enfants sont vendus. Il nous raconte surtout pourquoi lui, à cause de sa différence ( laideur ? handicap ? on se sait pas trop : c’est désigné comme une « maladie de la tête ») ne sera vendu que très tardivement, puis ballotté entre différentes familles, où il sera parfois maltraité…Tout cela est raconté avec cocasserie, tendresse et un naturel déconcertant.C’est d’ailleurs de là que naît le malaise : tout est banalisé. L’enfant, l’être humain est devenu une marchandise, un bien d’échange…et c’est normal. A tel point d’ailleurs que l’enfant s’empressera de vendre son père dès qu’il en aura l’occasion. La transmission, c’est cela aussi.

Thomas Willaime s’empare du texte, plein d’humour et de distance, avec gourmandise et malice.  A l’aide des cubes, il crée les décors, puis y insère les différents personnages, qu’il interprète tous lui-même, changeant d’accents pour les différencier.  On ne peut s’empêcher de regretter ce choix , qui donne à certaines scènes des allures de sketch ou de « one-man show » et minimise ainsi la théâtralité et  l’impact du texte.

Il n’en reste pas moins que « Ma Famille » est un spectacle intéressant et original, qui pose de vraies questions sur les liens qui nous unissent, et sur les valeurs que l’on transmet, dans l’espoir, toujours, de construire un avenir meilleur.

 

A voir en famille….

A partir de 11 ans.

 

 

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