Théâtre

Les variations transformistes de Michel Fau aux Bouffes du Nord

Les variations transformistes de Michel Fau aux Bouffes du Nord

24 décembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le théâtre des Bouffes du Nord clôt l’année 2011 par un « Récital emphatique » réjouissant porté par le charismatique Michel Fau soigneusement accompagné au piano par Mathieu El Fassi.

Le comédien muse d’Olivier Py aime se travestir avec un naturel déroutant. C’est vêtue d’une robe plissée soleil rose et mauve, perruque brune bouclée et bijoux dorés cliquants que la diva apparaît. L’extravagance confrontée au décor nu du théâtre des Bouffes du Nord provoque dès l’apparition un rire épidermique. Michel Fau joue avec les codes du transformisme en décalant forcément le genre.

En chanteuse lyrique à la voix enrayée il réinterpréte les temps forts de « Samson et Dalila » de Camille Saint Saëns, puis il sera, après s’être glissé dans une robe fourreau dorée trois « Phèdre », une chanteuse d’opérette bienveillante pour un extrait de « Castor et Pollux » de Jean-Philippe Rameau, une parodie de « L’amant » de Duras dans un texte de Roland Menou, pour finir avant quelques bonus secrets en chanteuse de jazz pour le célèbre « Summertime ».

Par la multiplicité des interprétations proposées et par quelques jeux de traduction, Michel Fau interroge le métier d’acteur en rappelant qu’un texte dévient ce qu’une mise en scène et une voix en fait. L’immense comédien qu’il est attire notre attention sur des détails qui viennent appuyer chacun des personnages. Un mouvement de faux-cils, une main qui épouste une épaule pailletée, le regard qui devient fou et le moment change d’intensité.

Michel Fau, dans l’esprit de « Miss Knife » d’olivier Py nous amène dans l’imaginaire d’un cabaret berlinois des années 30. Il est glamour, troublant, hilarant. Quelques jeux de lumière viennent ajouter du chic à ce duo piano-voix, qui devient quelque fois solo, piano, voix.

L’humour est ici noir car il vient se moquer de situations improbables naissant de la confrontation entre le personnage et les mots. A l’occasion d’un rappel, Michel Fau chante « je veux » de Zaz, il nous souhaite « bienvenue dans ma réalité » et le rire laisse place à la tristesse face à cette chanteuse transgenre rêvant d’une vie ascétique peu crédible.

Le voyage est intense par sa courte durée qui impose au comédien d’entrer dans une multitude d’attitudes en un temps record. « Le récital emphatique » porte son nom à la perfection en nous balladant dans les tubes du chant et du théâtre lyrique jusqu’au théâtre contemporain et à la pop. La seule permanence est dans le métier d’acteur, ici offert avec un talent rarement égalé.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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