Théâtre

Les souffrances de Job, une mise en scène inventive d’un texte fort d’Hanokh Levin au Théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier)

Les souffrances de Job, une mise en scène inventive d’un texte fort d’Hanokh Levin au Théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier)

21 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

Prix du public du meilleur spectacle en 2010 au prestigieux festival Impatience du Théâtre de l’Odéon, la mise en scène par la compagnie Le menteur volontaire (Pays de la Loire) des « Souffrances de Job » de Hanokh Levin (1981). Dans un grand bal d’images et d’imagination, la jeune troupe menée par Laurent Brethome respecte l’absurde, l’ironie et la transgression que Hanokh Levin avait insufflé dans sa réécriture de l’épisode biblique.

Alors que se termine un des grands banquets qu’il donne pour nourrir amis et pique-assiettes, l’irréprochable Job apprend coup sur coup que ses deux sources de richesse : ses terres au Liban et ses bateau en Égypte ont été détruits par des catastrophes. En même temps, on lui explique que l’empereur de Rome, son protecteur a été détrôné et tué. Il n’a donc aucune chance de retrouver sa fortune. Très vite des huissiers viennent lui prendre tous ses effets sauf ses sous-vêtements. Après hésitation, ils lui enlèvent également ses dents en or. A Job à moitié nu, l’on rend ensuite les cadavres de ses deux fils et de ses deux filles tous décédés dans des catastrophes. Nu et passé par-delà tout désespoir, Job commence à se gratter comme un malheureux. Ses amis viennent le voir et se mettent à le questionner sur sa foi. Dans un premier temps Job estime que Dieu n’existe pas, mais l’un de ses anciens camarades parvient à le convaincre que croire est la meilleure manière d’atténuer sa douleur. En conséquence, quand les soldats du nouvel empereur romain viennent questionner Job sur sa foi, il ne peut que leur répondre qu’il croit un en Dieu Le Père. Intolérable pour les émissaires du césar qui se prend sur Dieu. Job sera donc empalé, selon un long supplice que la pièce de Levin live en intégralité au public…

A sa création en 1981, « Les souffrances de Job » avait créé une immense polémique en Israël, un vent de souffre qui est allé jusqu’au parlement. Puisant à mille sources d’inspiration, la mise en scène que propose la compagnie Le menteur volontaire de cette pièce respecte la liberté et le mordant de l’auteur. Si le premier chapitre peine un peu à démarrer, avec des slaloms entre des bouteilles de plastiques, de grandes déclamations criardes et du bouffe pas toujours utile, dès le deuxième tableau l’on s’accroche à son siège pour suivre l’intensité dramatique qui se dégage de la scène : quand les rideaux sur les côtés tombent et que les 9 comédiens balaient tout ce qui est sur la scène pour laisser Job nu et seul et quand les comédiennes se jettent mi-nues dans la peinture pour signifier la mort des enfants, tout est toujours parfaitement calibré et exprime avec une économie d’images très vétérotestamentaire l’idée de douleur. Une douleur que les propositions de Laurent Brethome redent métaphysique plus que charnelle, même et surtout avec le retrait certain de Dieu des affaires du monde. L’absurde métaphysique et grimaçant de la pièce culmine avec la longue scène d’empalement, qui fonctionne parfaitement en l’absence de toute croix, superbe visuellement et rendue encore plus intolérable par la sorte de comédie humaine, volontairement vulgaire et foraine qui vient clore la pièce. Un texte fort, porté par un bouillonnement d’idées excellentes, et qui laisse -chose rare aujourd’hui- longtemps songeur.

Photo : Gérard Llabres.

« Les souffrances de Job » de Hanokh Levin (trad. Jacqueline Carnaud & Laurence Sendrowicz), mise en scène Laurent Brethome, Cie Le menteur volontaire, avec Fabien Albanese, Lise Chevalier, Antoine Herniotte, Pauline Huruguen, François Jaulin, Denis Lejeune, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Anne Rauturier, Yaacov Salah, Philippe Sire, dramaturgie : Daniel Hanivel, scénographie & costumes : Steen Halbro, lumière : David Debrinay, musique : Sébastien Jaudon, paysage sonore : Antoine Herniotte, décorateur : Gabriel Burnod, 1h50.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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