Théâtre

Les héros ont la côte au théâtre

22 janvier 2011 | PAR Christophe Candoni

Mythique ou historiques, fictifs ou réels, leur nom légendaire est inscrit sur de nombreuses affiches théâtrales et promettent de faire vibrer le cœur des spectateurs. Monstres sanguinaires ou bienfaiteurs aux hauts-faits, glorieux ou déchus, ils se caractérisent par leur destin hors du commun, véhiculent un idéal ou suscitent l’indignation. Les héros fascinent les artistes qui plutôt que d’en louer la force virile, promettent d’en sonder la part obscur, le secret enfouie car n’y-a-t-il rien de plus héroïque que d’être un antihéros ?


Mythologie

Au Théâtre des Amandiers-Nanterre, Jean-Louis Martinelli a dirigé Charles Berling dans ce sens. L’acteur campe Ulysse de retour dans sa patrie sur les rivages d’Ithaque près vingt ans d’absence. Errant et fatigué, Athéna le guide dans son royaume où règnent le chaos, la licence et la perte des valeurs héroïques. Ulysse n’est plus maître chez lui et déguisé en mendiant, humilié par les prétendants qui ont pris sa place et qui pensent que le roi est mort, il doit reconquérir son pouvoir.
Voir notre critique D’Ithaque

 

 

 

 

 

 

La saison de la Comédie-Française se clôturera à la fin du mois de mai avec Agamemnon, une tragédie presque jamais montée du philosophe Sénèque. Denis Marleau s’y colle pour donner un nouveau point de vue sur l’histoire du père d’Oreste et d’Iphigénie, guerrier victorieux de la guerre de Troie, assassinée par Clytemnestre et pilier de la malédiction qui s’abat sur la famille des Atrides.

Avant cette production, Olivier Py propose à l’Odéon une trilogie composée à partir de tragédies d’Eschyle. Il a déjà monté au cours des trois dernières saisons « Les Sept contre Thèbes » et « Les Suppliantes » sous une forme réduite dont il signe le texte et l’adaptation. Il s’attaque à présent aux « Perses ». le poète laisse la parole aux vaincus, dont la défaite devient un miroir de notre humanité. Aveuglement et démesure n’engendrent que désastre : de part et d’autre du gouffre qui semble séparer Grecs et Barbares, des hommes – fous ou sages, braves ou arrogants, rien que des hommes, confrontés à leur mortalité et aux mêmes dures leçons qu’elle inflige à tous, également.

Deux Caligula à Paris

Au théâtre de l’Athénée. Sous la plume du jeune Camus (25 ans), Caligula bascule du statut d’empereur romain sanguinaire en héros romantique. La pièce continue d’inspirer une nouvelle génération de metteurs en scène dont fait partie Stéphane Olivié Bisson a choisi de mettre en scène la première version plus rarement montée de l’oeuvre dont il souligne le caractère “intuitif, instinctif, ambigu et extrême”. Pour “son aptitude au funambulisme, sa force, sa vista comique et sa vulnérabilité quasi enfantine”, il a offert à Bruno Putzulu le rôle-titre.

 

En 2005, Nicolas Le Riche signait avec Caligula sa première chorégraphie pour le Ballet de l’Opéra, cette production est reprise à la fin du mois au Palais Garnier. Là encore, le Danseur Etoile, fasciné par la personnalité complexe de l’empereur romain, veut montrer les tourments d’un homme fragile capable d’aimer la lune comme d’idolâtrer son cheval, passionné de théâtre et en constante représentation lui-même. Le chorégraphe évoque l’intimité d’un héros solitaire et son cheminement inéluctable vers la mort. Construite comme une tragédie, la chorégraphie, toute en profondeur et en énergie, évolue sur Les Quatre Saisons de Vivaldi qui illustrent l’écoulement irrémédiable du temps. la danse, toute en profondeur et en énergie, traduit la poésie et la violence inhérentes à une vie consumée dans l’excès et la fulgurance.

 

Historiques

Alexandre le Grand, Jules césar et le Che : des figures incontournables de l’histoire.

 

Un autre empereur est à l’affiche du Palais Garnier, il s’agit de Jules César dans le somptueux opéra de Haendel. Voir notre critique.

Michel Didym met en scène l’acteur Tchéky Kario dans un texte dramatique de Laurent Gaudé qui imagine les dernières heures d’Alexandre le Grand, conquérant invétéré qui s’apprête à mourir. Plus que le héros victorieux, l’auteur cherche à donner une image de la vulnérabilité de l’homme dans ses derniers instants.
Voir notre critique du Tigre Bleu de l’euphrate.

Au Petit théâtre Montparnasse, c’est le Che qui se trouve face à la mort. Gérard Gelas veut veut donner une vision éloignée de l’image publicitaire et surfaite Che Guevara véhiculée la plupart du temps et le met en scène au crépuscule de sa vie, lors de sa dernière nuit, quelques heures avant son exécution, « El Commandante » joué par Olivier Sitruck va faire une étrange rencontre : un journaliste d’aujourd’hui venu interroger cette personnalité hors normes. Au fur et à mesure de leur brûlant entretien se dessine une image du Che loin de celle véhiculée par les produits dérivés à son effigie : un homme complexe, ni monstre sanguinaire ni surhomme romantique. Un spectacle qui éclaire d’un autre jour une personnalité qui, qu’on le veuille ou non, fait partie de notre histoire…

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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