Théâtre
L’Eden Cinéma de Marguerite Duras à la Tempête

L’Eden Cinéma de Marguerite Duras à la Tempête

28 janvier 2013 | PAR Lucie Droga

Marguerite Duras ne cesse d’être mise à l’honneur : après « La Passion suspendue », entretien retrouvé avec Leopoldina Pallotta della Torre et les tomes trois et quatre de la Pléiade à paraître en 2014, l’auteur du « Ravissement de Lol.V.Stein » se trouve à l’affiche en ce début d’année. La Cartoucherie accueille la troupe de Jeanne Champagne qui met en scène « L’Eden Cinéma », pièce publiée en 1977 et adaptée du roman « Un barrage contre le Pacifique ».

Qui connaît de près ou de loin l’oeuvre de Duras sait que l’auteur aime évoquer, à travers ses romans et ses pièces de théâtre, son enfance en Indochine, marquée par une certaine lenteur et une monotonie « à attendre, à pleurer » comme elle l’écrit dans L’Amant. L’Eden Cinéma, pièce qui reprend le roman semi-autobiographique Un barrage contre le Pacifique, met donc en scène la jeunesse de Marguerite Donnadieu dans les années 30 près de son frère, Jospeh et de « la Mère », personnage aussi bien infernale qu’édénique et qui élève seule ses deux enfants, envers et contre tous. La pièce ne tourne pas autour de Duras, loin de là, mais autour de cette Mère atteinte d’étrangeté et qui transmet une partie de sa folie à ses enfants dans cette Indochine Française où tout n’est qu’attente et passivité.

Jeanne Champagne arrive parfaitement à retranscrire ces scènes dans lesquelles « le manque donne à voir », comme toujours chez Duras et rend compte de l’étrangeté de passer des journées entières « à ne rien faire », si ce n’est attendre. Attendre quelque chose qui ne viendra surement jamais, ou attendre la déclaration de Monsieur Jo, fils d’un riche planteur, qui préfèrera s’effacer devant l’impossibilité d’épouser Suzanne après lui avoir offert un diamant d’une certaine valeur. Si la lourdeur de l’atmosphère est bien présente, elle coïncide aussi avec le caractère désespéré de la Mère dont Duras écrira dans L’Amant : « J’ai eu cette chance d’avoir une mère désespérée d’un désespoir si pur que même le bonheur de la vie, si vif soit-il, quelquefois, n’arrivait pas à l’en distraire tout à fait ».

Tania Torrens est effectivement surprenante dans le rôle de cette femme, rongée par l’injustice et la trahison, qui n’hésitera pas encourager sa fille à la prostitution pour tenter d’amasser un peu d’argent : seule au monde, ne faisant presque pas entendre sa voix si ce n’est lorsqu’elle écrit une lettre aux agents du cadastre, véritable cri de révolte, son ombre déroutante plane cependant au- dessus de tous les personnages, même (surtout) quand elle sommeille pendant la journée. La metteuse en scène nous présente donc un tableau familial centré sur la figure paradoxale de la mère qui apparaît « dure » et « invivable » mais aussi « pleine d’amour » pour  Suzanne. Malgré la ressemblance frappante on regrette cependant la prestation d’Agathe Molière qui, préférant l’insouciance de l’âge à la dureté réaliste de l’écriture durasienne, minaude trop souvent et n’a pas su porter toute la complexité du personnage adolescent de Suzanne.

Si L’Eden Cinéma se présente comme une pièce qui illustre à merveille le trio infernal composé de la mère, Joseph et Suzanne, la mise en scène ne laisse que trop peu d’ouverture à l’imaginaire qu’on ressent d’habitude à la lecture de la pièce de Duras. Pour le décor, un bungalow représenté par deux planches de bois, un drap flottant en guise de porte et une chaise en osier, Jeanne Champagne propose une scénographie réaliste et attendue, qui rate l’intemporalité des oeuvres durasiennes.

Visuels: Affiche du spectacle

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Lucie Droga

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