Théâtre
Marguerite Duras ressuscitée par Catherine Artigala

Marguerite Duras ressuscitée par Catherine Artigala

29 avril 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Mise en scène avec habileté par  William Mesguich, l’actrice Catherine Artigala prête son corps et sa voix à une magistrale réincarnation de Marguerite Duras dans une adaptation brillante menée par Michel Monnereau des derniers entretiens de l’autrice de Hiroshima mon amour.

Marguerite Duras revient pour mieux nous quitter.

Elle est assise face à nous, elle nous attend au milieu de ses livres, de ses souvenirs, de ses bouteilles aussi. Bientôt, le rideau se lève et elle va nous livrer ses dernières vérités et certitudes ; elle nous jette au visage sa vérité acariâtre et douce à la fois. Marguerite Duras est une femme colérique , on le sait ; elle est aussi une femme qui a souffert beaucoup, qui a aimé souvent, qui a su honorer et déshonorer son corps et ceux d’hommes rencontrés tout au long de sa vie depuis l’enfance. Elle est cette écrivaine géniale qui a su s’attacher, dans une langue à elle, celle que l’on nomme durassienne à interpréter et réinterpréter sans cesse son enfance, sa vie, son monde. Elle est la romancière et la dramaturge du souvenir.

Dans l’univers de Duras la parole qui semble ne s’adresser à personne s’évanouit dans le silence ; dans son oeuvre les vies semblent perdues tandis que l’émotion se retient sans cesse. La pièce épouse le trait. On se raconte, mais on ne se parle pas ;  la confrontation des souvenirs sert de récit. Et le récit sert d’élaboration, de réflexion, de littérature et de stigmate d’une authentique sensibilité. À la fin de la confession, elle nous aura livré beaucoup sur son enfance, sur les colonies, sur sa mère surtout. A la fin de sa vie , elle ne veut retenir que la fille en elle. Extraits : Ma mère était plus que ma mère, c’était une institution. Il existe deux petites filles en moi, celle de l’Amant, et celle des photographies de l’enfance. Elle se raconte et s’explique à partir de souvenirs. Se cache sous les mots une douleur qui est la souffrance elle même. Lors de ces entretiens, elle ne nous racontera pas son enfant perdu. Elle veut rester une fille pour toujours. Elle reste aussi la romancière animée par l’amour de ses lecteurs. Après une heure d’aveux intimes, d’adresses au public, elle nous quitte, bouleversante.

Catherine Artigala est admirable

Catherine Artigala restitue tout. Rien ne lui échappe, ni les désillusions ni l’humour. Il n’est pas sans périls de jouer sur scène une personnalité aussi célèbre,  pour la comédienne qui doit affronter un monument tout autant que pour nous, spectateurs car nous avons en nous une Marguerite Duras, la nôtre jalousement fabriquée à partir de la découvertes de ses livres et films, et qu’il s’agit de ne pas abimer. Catherine Artigala est admirable de neutralité positive ; elle emplit intimement les mots de Marguerite Duras. Dirigée par le talentueux William Mesguich elle construit son personnage non en intentions mais par le truchement des mots même de la romancière. Elle se constitue à la façon d’une construction littéraire. 

Marguerite Duras, et son double Catherine Artigala agacent et émeuvent. À la fin de la pièce, trop courte, il faudra se séparer d’elles deux. Les applaudissements sont nourris.

 

 

La vie matérielle, mise en scène William Mesguich, interprétation Catherine Artigala, adaptation Michel Monnereau, jusqu’au 22 mai les jeudi à 19H30, les samedi et dimanche à 17H00, au Théâtre du Gymnase, 38boulevard Bonne nouvelle, métro bonne nouvelle, lien de réservation

Crédit Photo ©Xavier Cantat 

 

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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