Théâtre
« Le songe d’une nuit d’été » : Les jeunes talents de la Comédie française nous font rêver

« Le songe d’une nuit d’été » : Les jeunes talents de la Comédie française nous font rêver

15 février 2014 | PAR La Rédaction

Avec Le songe d’une nuit d’été, de William Shakespeare, Muriel Mayette-Holtz était attendue au tournant. D’une part, parce que l’on se souvient sans peine des critiques acérées contre son adaptation d’Andromaque de Racine, deux ans auparavant. D’autre part, parce que l’administratrice de la Comédie Française, récemment décorée du prix de la « Femme de l’art 2013 », est violemment contestée par sa troupe, qui demande à ce que son mandat ne soit pas renouvelé. Dans les coulisses, donc, la tempête gronde. Mais sur scène, la jeunesse, la fraîcheur et le talent des comédiens l’emportent.

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Au milieu des spectateurs, Thésée, roi d’Athènes, donne le « la ». Ce soir, point de trois coups ni de rideau rouge. Ce soir, les comédiens ne commencent pas sur scène, mais au milieu du public -et à grands renforts de « pardon »-, se répondent, avec énergie. Et déjà le désir, l’amour, la passion. Sous nos yeux, les futurs mariés se touchent et se caressent. Mais si le « Songe d’une nuit d’été » est connue pour être l’une des pièces les plus érotiques de Shakespeare, elle n’évoque pas moins le surnaturel, la magie, l’ensorcellement.

L’histoire n’est pas simple : Thésée, roi d’Athènes, s’apprête à épouser Hippolyta, reine des Amazones. Egée fait brusquement irruption : sa fille Hermia, promise à Dimitrius -lui-même aimé d’Héléna-, se refuse à lui. Et pour cause : elle aime Lysandre. Mais son père ne l’entend pas de cette oreille. Il demande à Thésée de faire respecter l’ancien privilège d’Athènes, si elle persiste à lui désobéir : subir la mort, ou adjurer pour toujours la société des hommes. Les deux amants (Hermia et Lysandre) s’enfuient alors dans la forêt, bientôt suivis par Dimitrius, lui-même poursuivi par sa folle amoureuse, Héléna. Dans les bois, les deux couples d’amoureux contrariés croiseront le chemin d’Obéron, roi des fées, de son lutin espiègle Puck, et de son épouse Titania. À l’aide d’une fleur magique, le sournois Obéron jouera à l’apprenti Cupidon. Le songe a déjà commencé. Hermia se déshabille, enlève ses chaussures, passe d’un manteau rouge à un caraco jaune pâle, bientôt suivi par les autres personnages. Les bras et les jambes sont nus, et il n’y a que du blanc. Un drap pour seul décor, parfois des colonnes de tissus ; blanches elles aussi. Du sobre, du neutre, du pur, pour laisser place aux rêves. « Le lit du songe », comme le nomme d’ailleurs la metteuse en scène. Pas d’accessoires non plus. Rien de sophistiqué qui puisse nous distraire. Et c’est tant mieux.
Tant mieux, car en l’absence de décor, l’on est contraint d’écouter avec encore plus d’attention. Dans cette blancheur quasi virginale, le talent des comédiens triomphe, et ce sont les deux couples d’amoureux qui portent à la perfection cette pièce complexe. Magnifique Héléna d’abord, jouée par Adeline d’Hermy, seule sur scène, récite son monologue intérieur -jamais monocorde- avec une diction parfaite. Comme une petite fille face à sa glace, elle joue de mimiques et d’onomatopées, jalousant en secret l’admirable beauté de son amie Hermia (Suliane Brahim). Allures de fillette, oui, mais sa féminité nous saute aux yeux. La comédienne accentue d’autant plus le paradoxe, puisqu’elle prône la courtoisie, la déférence et la distance, alors même qu’elle porte un décolleté plongeant et va jusqu’à jouer à l’épagneul avec Dimitrius. Couchée par terre, rose de plaisir, le postérieur –délicatement- relevé en l’air, elle désire tellement se donner à lui… Hermia, quant à elle, laisse couler de vraies larmes, et frôle même parfois la schizophrénie, lorsqu’elle laisse tout à coup échapper une voix grave et gutturale, presque démente. Leur générosité est sans limite, et le dynamisme de leurs corps traduit l’urgence de la passion. Tous y croient. Et ça se voit.
Alors, quand arrivent les fées, elfes, singes ou babouins -qu’importe ce que l’on voit-, on ne se pince pas, mais presque. Les costumes sont faits pour nous amuser -ils jouent de leurs queues, trémoussent leurs derrières de poils et de plumes-, mais c’est surtout les pas de danse et les chants, tout à fait accordés aux dialogues qu’ils se renvoient comme des balles, du tac au tac, les yeux dans les yeux, qui contribuent à cette fascination. Occupant tout l’espace, ils sautillent, trépignent, gigotent et gambadent. Ici, on ne chuchote pas. On hurle –de peur, de colère, de honte ou de plaisir. L’heure est au délire. Mais c’est une folie douce, légère, jamais amère, qui s’empare des personnages. Héléna, entre Lysandre et Dimitrius, se laisse masser la poitrine -les deux hommes ont une main chacune posée sur un sein- et les spectateurs s’esclaffent à la vue de leurs positions ridicules. M ais attention. Érotique, d’accord, mais pas vulgaire. Ajoutons à cela l’air goguenard qui ne quitte pas Dimitrius (Laurent Lafitte) de tout le spectacle… Oui, « Le songe d’une nuit d’été » reste une comédie : Muriel Mayette l’a bien compris. Chacun interprète comme il veut l’univers chimérique et fantasmagorique de William Shakespeare. Elle respecte la pièce, mais souffle dessus pour la dépoussiérer, l’adaptant parfaitement à notre société, sans emphase ni vanité. Le rire triomphe, le surnaturel prend le pas, les minutes filent, vitesse grand V. La musique s’arrête. On n’a pas vu le temps passer. Une chose est sûre : on n’a pas rêvé…

Informations pratiques : Le songe d’une nuit d’été, comédie en cinq actes de William Shakespeare, mise en scène : Muriel Mayette-Holtz. 2h30 sans entracte. Représentations à la salle Richelieu de la Comédie Française, matinées à 14h, soirées à 20h30.

 Renseignements et réservations : tous les jours de 11h à 18h aux guichets du théâtre et par téléphone au : 0825 10 16 80 et sur le site internet : www.comedie-francaise.fr.

Mathilde DONDEYNE

visuel : affiche

Visuels : © Christophe Raynaud de Lage

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One thought on “« Le songe d’une nuit d’été » : Les jeunes talents de la Comédie française nous font rêver”

Commentaire(s)

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