Théâtre

Andromaque à la Comédie-Française : strictement classique

22 octobre 2010 | PAR Christophe Candoni

Avec Andromaque de Racine donnée dans la salle Richelieu, la troupe de la Comédie-Française (dont certains de ses grands noms : Eric Ruf, Cécile Brune, Léonie Simaga, Clément Hervieu-Léger) revient à ses fondamentaux sous la conduite de son administrateur Muriel Mayette qui signe une nouvelle production bien décevante de la tragédie classique la plus représentée dans l’histoire de la maison. Sa direction d’acteurs et sa mise en scène sont d’un conservatisme inattendu et regrettable.

D’ailleurs peut-on parler de mise en scène ? Si l’on entend par ce terme le fait de proposer un point de vue singulier et signifiant, de risquer une interprétation dramaturgique inédite, alors il n’y a pas de mise en scène ici ! Juste une sorte de mise en espace, un tableau figé, comme on le voit encore parfois à l’opéra. La première image est trompeuse à ce sujet, Oreste et Pylade (Clément Hervieu-Léger et Stéphane Varupenne), dont la relation permet une multitude d’interprétations, sont enlacés dans la pénombre. Mais par la suite, il est frappant de constater que les acteurs ne se touchent pas et jouent presque sans se regarder ! La représentation est engluée dans une esthétique illustrative, même stylisée, elle paraît passéiste voire muséale : on n’échappe pas au canonique fronton de temple avec portique de colonnes doriques pour tout décor bien qu’Yves Bernard l’éclaire de ses sublimes lumières. Virginie Merlin a dessiné de longues tuniques aux voiles légers et transparents, des toges et des sandales ; ces costumes sont très beaux mais concourent à rendre le spectacle désuet.

Ce sévère virage étonne car dès sa prise de fonction en 2006, Muriel Mayette a fait preuve d’un goût prononcé pour l’innovation et la modernité. Elle a œuvré pour l’entrée au répertoire d’auteurs contemporains comme Koltès, Lagarce, Vinaver, Fo, bientôt Paravidino, et a invité de nombreux metteurs en scène à dépoussiérer les classiques que sont Christophe Rauck dont « Le Mariage de Figaro » triomphe actuellement en Russie, Dan Jemmett, Korsunovas, Galin Stoev, Raskine, autant de choix judicieux, beaucoup de succès, quelques ratages aussi, mais le parti pris du risque et de l’invention. Il n’en est rien sur ce spectacle qui manque tout simplement de vision ! Quelle est la ligne directrice de la Comédie-Française aujourd’hui ?

Les acteurs sont conviés à un travail rigoureux sur le texte et la langue. Muriel Mayette veut faire entendre de manière appuyée l’archi-musicalité de l’alexandrin racinien, elle-même surlignée par la bande-son redondante d’Arthur Besson. Il paraît qu’elle a proposé des cours de solfège à ses comédiens au début des répétitions. En effet, on entend comme rarement chaque liaison, chaque effet de versification est mis en valeur mais on tombe vite dans un excès déclamatif, dans une diction chichiteuse qui nous éloigne de la situation dont on perd le sens.

Eric Ruf joue un Pyrrhus en qui on ne parvient pas à reconnaître le guerrier victorieux de Troie, il est plutôt affaibli et presque trop bon, amoureux transi de sa captive Andromaque, jouée par Cécile Brune, sacrifiée dès le départ, carrément dépressive, jamais combattive, une ombre passe. La belle Léonie Simaga est bien plus vibrante que ses partenaires. Elle rend palpable sa passion douloureuse. La metteuse en scène veut décrire l’anéantissement et le chaos de cette tragédie d’ « après-guerre », le propos est intéressant mais ne légitime pas le rythme apathique, amorphe du spectacle. Les acteurs lâcheront peut-être la bride avec le temps et se persuaderont que le texte n’est pas que de la poésie, qu’il faut le jouer et non le dire, le servir avec souffle, nerfs et sueur, qu’il faut l’éprouver. Voyez la Phèdre de Chéreau…

A Applaudir, la reprise de L’Avare en ce moment à la Comédie-Française

Andromaque, jusqu’au 14 février 2011 (en alternance) à la Comédie-Française. Place Colette. M°Palais-Royal. 0 825 10 16 80. www.comedie-francaise.fr

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

13 thoughts on “Andromaque à la Comédie-Française : strictement classique”

Commentaire(s)

  • Couille de panda

    MDR !!!!!!!!!!!!!! Ouh la la…… Pas encore vu le pestacle mais la critique est très vilaine… Bon. Moi j’ai UNE chose a reprocher a la
    Comédie francetruc, c’est justement d’être française c’est-a-dire toujours les mêmes acteurs (on va me gueuler dessus que c’est l’principe…) mais déjà impossible de rentrer sans connaitre machin ou chose et a moins d’avoir ciré les pompes a qui de droit(e). Bref enfin moi j’adore Cecile Brune qui contrairement aux autres gens cites plus haut est a chaque fois en adéquation parfaite avec son personnage enfin, elle EST ce qu’elle joue et qui elle joue alors que certains bon, ailleurs que dans ce pays de privilèges de machos et de cheveux blancs et ben… Ils s’raient plus la !!!! C’est une immense dame et une superbe actrice et je suis sure que si la mise en scène est bof (je répète pas encore vu le spectracle) elle est la pour relever le niveau man…!!!! Bon alors la comédie machin je vous passe le message auditionnez des gens et pas toujours les mêmes, et faites jouer des auteurs vivants parce que bon Racine yeah mais ou sont les auteurs de moins de 30 ans (a l’étranger je sais…) mais putain wake up cocorico ta reum !!!!!! Yeeeah

    octobre 24, 2010 at 15 h 16 min
  • Bitchy Parich

    Bonsoir, ce spectacle est extraordinaire. C’est vraiment épuré, beau, tragique, majestueusement triste, pompeux à pois, poisseux à souhait, soyeux aspects en un mot racinien, niente à redire en peu de mots, j’ai été comblée, touchée drapée de toute volupté, risée, bidets. C’était… bien. Mais couille a raison : c’est bien beau tout cela, c’est bien beau mais quoi, las, rats, pas appâts et rues tabagas, où se cachent les auteurs qu’on ne voit pas, les acteurs qui ne jouent pas, le décor qui se dérobe, la comédie qui fit en un jour – ce con fit une nuit – d’amour, je vous le dis, Andromaque Hermione Hécube Hydrolise et Drogènie… Le classique ça suffit.

    octobre 24, 2010 at 21 h 34 min
  • hugoh2

    Je découvrais le texte de Racine en meme temps que la piece. Je ne l’avais jamais lue. J’arrive donc sur mon siège, tout frétillant de curiosité. J’avoue avoir eu une appréhension avec le fait de faire du tragique (avec ce coté surjoué). Mais voilà, le ton est donné dès les premieres phrases. Les personnages ne se parlent pas. C’est plat, sans teneur, et j’ai meme envie de dire, terriblement scolaire…
    La lenteur de cette mise en scène est étouffante. Lorsque l’amour est fort et violent, pourquoi donc déblater des vers sans une once d’émotion ? Je veux bien comprendre ce désarroi des personnages. Mais au bout d’un moment il faut arreter… Ces personnages sombres dans la depression… Je me suis meme demandé si les acteurs avaient une prime s’ils bougeaient le moins possible…
    C’était prétentieux. Je n’entendais aucun mot mais seulement une rhétorique boursoufflée par trop de convention classique. C’en était à un point où je ne pouvais empecher un rire nerveux, ou un endormissement (certes, j’étais fatigué, mais je sais etre captivé lorsque que c’est captivant…)
    J’avais envie de crier… Pour le voir, là, ce si bel amour que chacun est censé porté ! Mais non. C’est une ambiance glaciale, post-mortelle. Moi qui est toujours aimé la Comédie Française et le théatre, c’est bien la premiere fois où je me fais royalement chié durant une piece. A prendre donc au second degré !

    octobre 26, 2010 at 19 h 48 min
  • Laurent

    Pas vu, donc normalement rien à dire sauf que :
    – les classiques, c’est la mission de la comédie française, pas la seule mais quand même: faire vivre le répertoire.
    – alors évidemment, faire vivre, c’est faire en sorte que Racine parle encore, ce qui est possible, vu l’intensité et la beauté du texte.
    – Phèdre par Chéreau, j’ai détesté; l’hystérie c’est pas non plus la solution pour faire moderne.
    – triste à dire, mais si déjà on peut entendre le texte, rien que ça, le restituer, une bonne partie du contrat est rempli (service minimum, mais qui est déjà très rare au théâtre, tant les metteurs en scène ont les textes en horreur, et s’acharnent la plupart du temps à les rendre proprement inaudible – par la mauvaise acoustique, les cris, les bruits, la musique, etc.)
    – curieux de le voir, donc

    octobre 27, 2010 at 9 h 18 min
  • Vieillefrance

    Mais quel crétin lisez-moi ca ! « La mission de la comédie française c’est de faire vivre le répertoire » et juste avant « jouer des classiques » mais mon vieux la baaaarbe des classiques! On se demande pourquoi le theatre national est en manque de grands auteurs mais, c’est parce qu’ils ne sont pas joués ! Réfléchis cinq minutes mon petit. Y a maldonne dans les termes. Faire vivre et classiques. Y a guère que la comédie française qui puisse faire figure de théâtre national et en meme temps faire des classiques des classiques jusqu’à plus soif. Et pour en revenir a cette Andromaque je suis d’accord on comprend rien sauf que c’est tragique mais si c’est pas attendu ca. Mayette nous fait le coup pour faire plaisir a Sarkouille. Elle sert la un monument certes un peu poussiéreux du fameux répertoire mais c’est ca qu’on lui demande et c’est a Ca qu’on s’attend. Après oui, c’est chiant a mourir. Et je me demande qui va trouver ca touchant dans ma génération (j’ai 23 ans). Cela étant dit et après avoir dit que ok le texte est beau et tout et que l’administratrice fait ce qu’on attend d’elle (pour être prolongée voyons ! Car ici tout le monde s’accroche a son siège y a qu’à voir l’idée meme d’acteurs fonctionnaires d’un passéisme et d’un grotesque)… Bref c’est chiant la comédie française…

    octobre 28, 2010 at 6 h 54 min
  • AnneCa

    Phèdre de Chéreau était une aberration. Allez voir Andromaque de Muriel Mayette. Ca, ça vaut vraiment le coup. La comédie française offre des spectacles de toute beauté, et souvent très modernes. « Y en a marre des classiques »?? Non, il n’y en a jamais marre des classiques. Pour la simple et bonne raison qu’on a jamais rien fait de mieux. Ah oui : j’ai 27 ans. Rien à voir avec une question de génération.

    novembre 3, 2010 at 23 h 43 min
  • Ce qui est moderne au théâtre, ce n’est pas les textes, c’est ce qu’on en fait. Le théâtre français en général (et les compagnies indépendantes/rebelles aussi, même si elles ne le savent pas) est terriblement vieillot. Le premier message est ridicule avec son langage pseudo-jeune (on sent l’acteur sans emploi). Le fait que la Comédie-Française ait une troupe, c’est formidable, et c’est bien dommage qu’il n’y en ait presque pas d’autre en France.
    Mais ce spectacle est une catastrophe, un des spectacles les plus ringards que j’aie jamais vus, avec son décor qui semble peser des tonnes et qui ne bouge pas d’un iota. Allez voir ce que les Allemands font de leurs classiques : là, ça décoiffe ! Mais ça ? Au fond, tout le monde s’y ennuie, mais c’est un spectacle intéressant sur notre époque : ces gens-là aimeraient bien ressusciter le passé, malheureusement ils sont totalement incapables d’en retrouver l’esprit. C’est profondément réactionnaire, comme tous les réactionnaires c’est bien triste et bien pesant. Andromaque, ça parle de mort, de sang, de gens qui en ont bavé, qui reviennent de la guerre où ils ont été des salauds. On n’en voit rien du tout ici.
    Franchement, les gars, avant de critiquer le choix de la pièce, apprenez juste à lire.

    décembre 28, 2010 at 23 h 55 min
  • Kriss

    Une bouteille lancé à la mer par une prof désespérée : quelqu’un aurait-il enregistré la pièce lorsqu’elle est passée sur France 2 ? Merci !

    janvier 13, 2016 at 21 h 59 min
  • Kriss

    Une prof tellement désespérée qu’elle en fait des fautes d’orthographe : une bouteille lancée à la mer, voilà qui est mieux !

    janvier 13, 2016 at 22 h 00 min

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