Théâtre

Le pardon de Roméo Castellucci

Le pardon de Roméo Castellucci

24 octobre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jeudi 20 octobre, au Théâtre de la ville, des manifestations virulentes d’activistes catholiques ont largement perturbé le déroulement de la première représentation de « Sul concetto di volto nel figlio di dio », la dernière pièce de Romeo Castellucci, déjà présentée dans de nombreux pays européens et au Festival d’Avignon. Sur toutelaculture.com, nous étions parmi les premiers à vous rendre compte de cette soirée particulière, partageant notre indignation par les incidents et bouleversés par l’œuvre qu’il nous a été donné de voir ( ICI).

Roméo Castellucci, dans un communiqué de presse souhaite « pardonner » .  « Je veux pardonner ceux qui ont essayé par la violence d’empêcher le public d’avoir accès au Théâtre de la Ville à  Paris.

« Je leur pardonne car ils ne savent pas ce qu’ ils font.

Ils n’ont jamais vu le spectacle ; ils ne savent pas qu’il est spirituel et christique ; c’est à dire porteur de l’image du Christ. Je ne cherche pas de raccourcis et je déteste la provocation. Pour cette raison, je ne peux accepter la caricature et l’effrayante simplification effectuées par ces personnes. Mais je leur pardonne car ils sont ignorants, et leur ignorance est d’autant plus arrogante et néfaste qu’elle fait appel à la foi. Ces personnes sont dépourvues de la foi catholique même sur le plan doctrinal et dogmatique ; ils croient à tort défendre les symboles d’une identité perdue, en brandissant menace et violence.

Désolé, mais l’art n’est champion que de la liberté d’expression.

Ce spectacle est une réflexion sur la déchéance de la Beauté, sur le mystère de la fin. Les excréments dont le vieux père incontinent se souille ne sont que la métaphore du martyre humain comme condition ultime et réelle. Le visage du Christ illumine tout ceci par la puissance de son regard et interroge chaque spectateur en profondeur. C’est ce regard qui dérange et met à nu (…)

Je dois le dire avec clarté qu’il est complétement faux qu’on salisse le visage du Christ avec les excréments dans le spectacle.

Ceux qui ont assisté à la représentation ont pu voir la couleur finale d’un voile d’encre noir, descendant sur le tableau tel un suaire nocturne.

Cette image du Christ de la douleur n’appartient pas à l’illustration anesthésiée de la doctrine dogmatique de la foi. Ce Christ interroge en tant qu’image vivante, et certainement il divise et continuera à diviser. De plus, je tiens à remercier le Théâtre de la Ville en la personne d’Emmanuel Demarcy-Mota, pour tous les efforts qui sont faits afin de garantir  l’intégrité des spectateurs et des acteurs.

Romeo Castellucci

Sociétas Raffaello Sanzio

Paris, le 22 octobre 2011″

Depuis le 20 octobre, de nombreuses actions continuent de sévir aussi bien devant le théâtre, inhabituellement guetté par les CRS, que dans la salle de spectacle. Malgré les perturbations violentes et inacceptables qu’ont provoquées ces individus avec la ferme volonté d’empêcher la bonne tenue des représentations par des moyens odieux (agression verbale et physique des spectateurs, interruption de la représentation, envahissement du plateau à plusieurs reprises…), la pièce tient le coup et s’est jouée, certes dans des conditions difficiles, lors des trois premières dates et nous l’espérons jusqu’à la fin de la série de représentations au Théâtre de la ville puis au 104.

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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