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Le Nouveau Théâtre Populaire : une nuit d’amour du théâtre !

Le Nouveau Théâtre Populaire : une nuit d’amour du théâtre !

21 juillet 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Le Nouveau Théâtre Populaire célèbre Molière, le théâtre et son public dans un spectacle fleuve à la fois intelligent, drôle et sensible. Époustouflant et jouissif ! 

Collectif basé à Fontaine-Guérin dans le Maine et Loire, le Nouveau Théâtre Populaire entend s’inscrire dans le sillage des grands maîtres du plateau vide comme Copeau, et du lien direct, joyeux et populaire au public comme Vilar. Force est de constater que cette troupe est plus que digne de leurs références.

Selon leur manifeste spécifiant que toutes les décisions sont prises par vote ou consensus, les comédiens ont choisi de monter dans un même projet, Tartuffe, Dom Juan et Psyché. Des vers, de la prose, des comédies et une tragi-comédie-ballet… drôle d’assemblage. Sans compter que chacune des parties est mise en scène par un membre différent de la troupe. Et pourtant, au fur et à mesure de l’avancée des heures et des pièces, on est saisi par la nécessité de les voir à la suite les unes des autres. Elles se font écho. Quelle belle idée que de faire de Tartuffe banni par le roi, le mendiant que rencontre Dom Juan et qu’il veut faire jurer. Ces trois chefs-d’œuvre de Molière forment, réunis, une matière qui dit l’histoire du théâtre mais aussi que le ciel semble bien vide et qu’il est grand temps de faire à nouveau la fête. Il ne s’agit pas tant, finalement, de trois œuvres assemblées mais d’un spectacle total, extraordinaire, où la puissance de la dramaturgie le dispute aux talents des acteurs.

La conception scénographique est particulièrement pertinente. Avec un même matériel fait de gradins et de portes de bois, elle crée un espace singulier pour chacune des pièces. Pour Tartuffe, elle fait le choix d’un long couloir étroit, en bifrontal, où se croiser, se frôler est un enjeu, et où se parler tient du face-à-face sous tension, voire du combat. Dans Dom Juan, les gradins où étaient assis certains spectateurs deviennent des escaliers qui mènent, inéluctablement, à une porte (du Ciel ? Des Enfers ?). Enfin, pour Psychéles gradins sont mis en arc de cercle, et, face à nous, c’est la skene du théâtre grec antique. Là où les dieux parlaient. Ici à leurs pieds, un orchestre rock et pop. Ces espaces disent beaucoup de la traversée des temps du théâtre, de leur rapport au public, des esthétiques qu’ils ont portées et influencées.  

D’histoire du théâtre, il est évidemment question. Mais non pas dans un cours magistral, loin de là. Ni dans la citation savante de tel ou tel grand artiste de la scène. Il ne s’agit pas de rendre hommage, de dresser des autels mais plutôt de s’inscrire dans une communauté, tout aussi diverse qu’elle est. Une communauté, composée d’inconnu.e.s, qui a décidé de se réunir dans un temps et un espace donnés, pour en regarder d’autres tenter de nous dire quelque chose du monde avec sincérité et artefact. Il serait trop long, et franchement peu utile, de citer tous les artistes dont se sont nourris les trois metteurs en scène et leurs acteurs. Il ne font pas du Mnouchkine, ni du Vilar ni du Chéreau. Ils font du Nouveau Théâtre Populaire et c’est très bien comme ça. Les comédien.ne.s sont absolument formidables de justesse, avec un sens du rythme de la phase, du comique, du silence qui force le respect. On ne saurait en citer un.e sans faire injustice aux autres. Le Ciel, la Nuit et la Fête est un trop rare moment de théâtre. On a dit dans ces lignes seulement des bribes, seulement, du travail magistral de cette troupe. Il ne nous reste plus, modestement, que de vous enjoindre à aller la voir jouer.

« Volupté », fille du Dieu Amour et de la belle Psyché, est le dernier mot du spectacle. Et ce beau prénom, se fait résumé concis et précis pour clore tout ce que l’on a ressenti : le théâtre comme plaisir sensuel, comme fête jubilatoire et comme raison d’espérer. 

Jusqu’au 25 juillet à 19 heures

puis du 14 au 24 août dans le Festival du Nouveau Théâtre Populaire 

Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage 

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