Théâtre

Le Garçon du dernier rang, pièce détonnante au Théâtre de la Tempête

06 avril 2009 | PAR Thomas

affiche-garcon-dernier-rangL’espagnol Juan Mayaorga nous livre une pièce explosive qui recouvre des dimensions autant sociales que culturelles. A sa tête, l’étonnant Sylvain Levitt, dans le rôle du bon élève voyeur et malicieux, nous en met plein les yeux (et les oreilles).

La rentrée des classes vient tout juste d’avoir lieu, et Germain (Pierre-Alain Chapuis), professeur de lettres, se lamente déjà en corrigeant ses premières copies. Elles semblent toutes être bonnes à jeter, sauf l’une d’elles ! C’est celle d’un garçon qui s’assoit au dernier rang, Claude. Il en fait part à sa femme, Jeanne (Isabel Karajan), galeriste excentrique défendant avec ardeur l’art abstrait, minimaliste et conceptuel. Cette dernière s’offusque de cette impertinente prose que lui présente son mari. Malgré quelques réserves, pour la forme et vis à vis de sa femme, Germain encourage Claude à continuer son récit, sorte de feuilleton-fleuve dévoilant avec observation et conciergeries les manies, les angoisses, et les joies d’une famille de classe moyenne lambda. Bientôt, la réalité et la fiction se confondent, alors que les langues, les rêves et les fantasmes se délient et s’épanchent.

La pièce de Juan Mayorga, traduite et mise en scène par Jorge Lavelli, s’illustre brillamment sur bien des tableaux. L’acteur orchestre, Sylvain Levitt dans le rôle de Claude, nous laisse béat, tant il alterne avec brio une énergie dévastatrice de diablotin sauteur, et une paisible narration. Il passe de l’un à l’autre, sans que son jeu n’en soit altéré – ni paroles saccadées par l’effort, ni fatigue après ses pitreries de saltimbanque. Il revêt plusieurs casquettes, et fait ainsi le tour de la psychologie de chaque personnage. À travers le sien et celui du professeur, on suit le processus de création d’un roman, et les contraintes que cela implique. La réalité, plutôt fade se doit d’être pimentée par le conflit, lui explique Germain.

La littérature, la philosophie, et l’art se croisent pour être tour à tour encensés et fustigés. La philosophie apparaît désuète, utile que dans des sphères abstraites ; l’art contemporain est apparenté à un support de mots élogieux et pompeux ; et la littérature à un ver pernicieux qui s’insinue doucement dans la réalité afin de la pervertir. La mise en scène vient appuyer cette confusion entre la réalité et la fiction. La manipulation, thème centrale, s’étend à tous les personnages, jusqu’au spectateur. Ce dernier même devient l’objet, sinon le jouet de la pièce, si bien que son esprit ne sait plus s’il doit accréditer ce qui se déroule devant ses yeux ou le relayer à la pure fantaisie de l’écrivain Claude.

Une petite merveille qui recèle d’humour et de questions, balayant à vitesse mac III nos sereines certitudes.

« Le Garçon du dernier rang », au Théâtre de la Tempête, jusqu’au 12 avril. Écrit par Juan Mayorga, texte français Jorge Lavelli et Dominique Poulange, conçu et mis en scène par Jorge Lavelli, avec Pierre-Alain Chapuis, Isabel Karajan, Christophe Kourotchkine, Nathalie Lacroix, Sylvain Levitt, Pierric Plathier. Mardi, mercredi, vendredi, samedi 20h30, jeudi 19h30, et dimanche 16h. Tarifs 18 euros / 13 euros / 10 euros.

Thomas Gérard

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One thought on “Le Garçon du dernier rang, pièce détonnante au Théâtre de la Tempête”

Commentaire(s)

  • dichy

    Texte clair, bien structuré. On a envie d’aller voir la pièce. Bravo !

    avril 9, 2009 at 8 h 51 min

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