Théâtre

Le Chandelier de Musset et le texte fait corps

23 février 2010 | PAR Ariane Lecointre

Jacqueline aime et est aimée ; elle virevolte, mais s’inquiète, trompe, mais cherche l’authenticité. Cette pièce de Musset, Le Chandelier, est adaptée au théâtre Lucernaire par Marie-Claude Morland. Les corps y sont l’écrin du texte.

Jacqueline est avant tout femme de Maître André, un carcan social difficile à assumer. Le paraître se soumet cependant aux lois de l’amour : la jeune femme a un amant, Clavaroche. L’époux al’âge d’être son père, l’amoureux est un fougueux officier en garnison. Ce trio amoureux bien connu s’étoffe, dévoilant à Jacqueline la surprise de l’amour pur, sincère, celui qui blesse.

En effet, la jeune femme prend, sur les conseils de Clavaroche, un chandelier. Le personnage qui en a la charge est le petit serviteur d’une dame, il la suit dans ses déplacements, fait ses courses et la flatte. Ainsi tout soupçon d’amant est rejeté sur le chandelier. Fortunio, jeune clerc de Maître André s’annonce parfait dans ce rôle, brûlant d’amour pour la belle Jacqueline. Mais l’amour déjoue les plans, la sincérité et la grandeur d’âme sont infiniment plus touchants que les calculs et le confort.

La pièce de Musset est d’une grande subtilité, une farce teintée de tragique. Marie-Claude Morland choisit de faire dialoguer les acteurs et le texte dans un rapport limpide, libre de tout décor excessif. Les expressions du corps, les mouvements et les gestes disent «ce que le texte ne dit pas» selon Mme Morland. «Les corps se sculptent à partir des enjeux du texte». Le metteur en scène a également introduit des éléments de Confession d’un enfant du siècle, afin de donner au mari «une dimension inquiétante».


Il en résulte une mise en scène expressionniste, où les corps s’entrechoquent et s’entremêlent, parfois violemment, comme pour dire la fébrilité et la force d’un amour qui se tait. Marie Plouviez (Jacqueline) est surprenante de grâce et d’élégance, dans une prestation qui devient une prouesse physique. Tous les acteurs composent avec la variété de cette pièce, graves ou emportés, respectueux de caractères profonds : Bertrand Farge (Maître André) en mari riche de son expérience, Johannes Hamm (Clavaroche) en habitué du jeu de l’amour, Ludovic Perez (Fortunio) en néophyte sentimental. Trois âges d’homme et trois amours qui s’affrontent, jusqu’au 17 avril au Lucernaire.

 

Le Chandelier d’Alfred de Musset du 18 février au 17 avril – théâtre Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris – réservations au 01 42 22 26 50 – durée 1h30 – du mardi au samedi à 21h30 et le dimanche à 15h – entre 30 € et 10 €

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Ariane Lecointre

3 thoughts on “Le Chandelier de Musset et le texte fait corps”

Commentaire(s)

  • Feuillard Gaston

    Marie-Claude,

    Tu as su rendre parfaitement, sans trop forcer la note, le caractère quelque peu vaudevillesque, mais grave aussi, de la pièce par le corps et le jeu des acteurs : les corps parlent et disent les sentiments, la sensibilité de Jacqueline qui émeut – drame en elle de la duplicité que lui impose son amant, aveu et remord qui font naître un sentiment neuf -, Clavaroche qui joue bien le goujat et le fat – pour lui ne compte que lui et le jeu de l’amour, Fortunio qui est à la fois fragile et fort – s’il est soumis par la duplicité des autres à une dure éducation sentimentale, sa sincérité la fait se terminer à son avantage -, Maître André qui témoigne d’une grande humanité, sans ridicule aucun, bien qu’il soit le cocu de l’histoire.
    Bravo, Marie-claude. Amitiés.
    Gaston

    février 24, 2010 at 10 h 52 min
  • marine

    j’ai suis aller le voir au théatre du trèfle
    vraiment bravo a tous

    avril 28, 2010 at 16 h 04 min
  • hugette

    c vraiment un truc pour tous

    avril 28, 2010 at 16 h 06 min

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