Théâtre

Le Carrousel des Mondes Marins de Nantes  – ou la ville qui avait le vent en poupe

Le Carrousel des Mondes Marins de Nantes – ou la ville qui avait le vent en poupe

25 juillet 2012 | PAR Emma Letellier

Vendredi 13 juillet, la ville de Nantes inaugurait devant les anciens chantiers navals un invraisemblable vaisseau : le Carrousel des Mondes Marins. Surprenante embarcation, conçue par François Delarozière et Pierre Orefice, cet immense manège, monstre sublime, propose à ses passagers une ronde de tours en féérie marine. Des Abysses à la Surface, au cœur d’une tourmente mécanique, petits et grands peuvent embarquer à dos de Serpent des mers ou dans le sein d’une conque devenue Carrosse pour dame. La promenade est ronde et en hauteur: la ville est dominée depuis les bords de la Loire, l’horizon offert et le voyageur tournent en l’air avant de retourner à terre tout en apesanteur.

A Nantes, il y a près de vingt ans, la mairie a fait vœu de culture. Dans le discours qu’il a prononcé, vendredi 13, entre deux échelles et deux averses, Jean-Marc Ayrault a insisté à plusieurs reprises sur les bénéfices de l’investissement culturel. C’est dans cette perspective qu’il a créé en 2011 Le voyage à Nantes, une société publique locale administrant les différentes structures touristiques et culturelles de la ville telles l’Office du tourisme, le musée à ciel ouvert Estuaire Nantes<>Saint-Nazaire, le Château des ducs de Bretagne et Les Machines de l’île. De concert avec Jean Blaise, aujourd’hui directeur du Voyage, l’ancien maire et membre toujours actif du conseil municipal souhaite continuer à allier Tourisme et Culture pour redorer le blason terni d’une ville traditionnellement industrielle et ouverte sur l’activité maritime. Par le biais du Voyage à Nantes, c’est « l’ouverture au monde qu’il nous faut absolument cultiver » (dixit J.–M. Ayrault) qui est replacée au cœur des différents projets faisant ainsi de la culture et du patrimoine de véritables leviers pour l’attractivité et la création d’activités.

Aussi, en instituant l’événement Le voyage à Nantes, Jean Blaise souhaite renverser la ville en infiltrant l’art entre « plis et replis » de la cité. En effet, du 15 juin au 19 août, Nantes est en fête. La ville tout entière donne à sentir en dehors des théâtres et autres musées les voyages intérieurs qu’une œuvre peut esquisser. Entre l’ancienne fabrique LU devenue Lieu Unique où des playgrounds d’une trempe nouvelle accueillent librement enfants et parents pour des jeux de patates chaudes, badminton et mini golf, les places du centre ville redessinées par un mur d’escalade en forme de mont Gerbier-de-Jonc,  

photo © Marc Domage

un Monte-meubles évoquant un Ultime déménagement à travers lequel Leandro Erlich interroge nos perceptions et trompe notre œil étonné,

photo © Marc Domage

ou encore un rond point de courges brunes, l’art n’a de cesse dans la ville et jusqu’à Saint-Nazaire de chatouiller les attentes du promeneur éberlué qui se demande si les Nantais ne sont pas devenus fous ( voir ici la longue liste des surprenantes étapes du Voyage) . Le court-métrage de Gaëtan Chataigner ( voir au bas de l’article) met en scène les rumeurs effarées avant le lancement de l’événement et souligne avec humour l’improbable de ce voyage inédit de Nantes.

Dans ce vaste rêve éveillé que constitue Le Voyage, surgit, au faîte de l’incroyable, le Carrousel des Mondes Marins de François Delarozière et Pierre Orefice. Capitaines aventureux des Machines de l’île, autre structure à vocation touristique et culturelle placée sous l’égide bienveillante du Voyage à Nantes, les deux artistes sont parvenus à donner chair à leurs chimères.

Au départ, il y a du dessin, du théâtre et du mouvement. La compagnie La Machine fondée par François Delarozière en 1999 ambitionne une architecture vivante, des spectacles dans la rue pour animer le tissu urbain et « rêver la ville de demain ». Or, dans le rêve de la compagnie La Machine, il y a des animaux très très grands qui prennent vie sur les trottoirs, des formes inertes qui s’animent, de l’émotion qui surgit au détour d’un carrefour quand le Grand Eléphant de 20 mètres de haut se met en marche sur l’Ile de Nantes, quand l’Aéroflorale II, serre volante et itinérante, débarque ses plantes au cœur d’une ville européenne ( L’Expédition Végétale, en 2011 à Anvers et Metz), quand les araignées géantes accostent sur les quais de Yokohama ( Les Mécaniques savantes, en 2009 au Japon et en 2011 à Reims). Autant de spectacles, et tant d’autres encore ( courez voir le site de la compagnie, ici) qui signent une initiative achevée pour animer la ville, la rendre vivante et onirique.

Avec le Carrousel des Mondes Marins, l’animation devient donc pérenne. Depuis cet été, ce sont 200 personnes qui peuvent circuler sur les coursives du manège, choisissant de monter ou non à bord d’une des 32 nacelles. En bas, les Fonds marins, parents et enfants s’aventureront à dos de Crabe géant, de Calamar à rétropropulsion ou encore de Bernard-l’ermite. Chaque embarcation possède ses propres commandes grâce auxquelles le voyageur multiplie les rotations et mécaniques ajoutant du mouvement au mouvement, participant à la féérie. A l’étage des Abysses, la Raie manta côtoie dans sa voluptueuse ondulation le silence inquiétant du Poisson pirate et de la Larve de crabe. Là haut, à la Surface c’est l’agitation des nefs humaines : Coques de noix de fortune, Remorqueur baptisé «L’inusable» et Poisson volant sont lancés dans une course télécommandée au creux de vagues très odysséennes actionnées elles aussi par un ingénieux mécanisme.

© François Delarozière

© SAMOA

Le Crabe géant-Atelier Nantes-photo © Emmanuel Bourgeau

Le Poisson Lune-Atelier Nantes-photo ©Emmanuel Bourgeau

 

Coque de noix-Atelier Nantes-photo©Emmanuel Bourgeau

Mais la magie c’est celle de voir tout d’un coup s’enclencher les rouages. Le premier tour est un peu lent mais déjà le mouvement est lancé. Sur un air envoûtant qui résonne, le spectateur éberlué devient acteur de sa féérie. L’expérience est magique, quatre minutes d’immersion en terra incognita, là où les aventures prennent vie, là où on se rêve vieux loup de mer, capitaine Némo – un instant de jeu sur une scène peu commune.

 

© Jean-Dominique Billaud

 

Ainsi, par l’heureux soutien de partenaires institutionnels et économiques, la ville de Nantes semble-t-elle tenir son pari souhaitant la culture comme moteur de développement. Les fantaisies réalisées par François Delarozière et la formidable équipe de la compagnie La Machine n’en sont qu’une des extraordinaires concrétisations. Les Nantais les premiers se font les porte-parole d’une ville nouvelle où la création, qu’elle soit pérenne ou non, s’engendre d’elle-même. Partout dans la ville, les couleurs, les matières, les sons et les parfums semblent se répondre. La place publique est devenue une matrice, un lieu de gestation où l’informe prend corps et devient vie.

 

Pour plus d’informations concernant les modalités de visite de l’ensemble des Machines de l’ile voir ici. Il existe aussi des formules qui donnent un accès à l’ensemble des sites du Voyage à Nantes, pour plus d’informations voir ici.

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Emma Letellier

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