Théâtre

« Le Ballon Rouge »: du film marionnettique à la marionnette poétique

« Le Ballon Rouge »: du film marionnettique à la marionnette poétique

13 novembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Le ballon rouge est un spectacle de théâtre visuel et marionnettique adapté à un jeune public, librement inspiré par le film du même nom. Recueilli sous les auspices de La Palpitante Compagnie, il s’appuie sur une scénographie et une mise en lumière très étudiées pour ciseler des images simples, mais belles et poétiques. Tellement inventif visuellement que même les adultes le regardent sans déplaisir!

[rating=5]

Le film Le ballon rouge d’Albert Lamorisse est non seulement un chef d’œuvre cinématographique des années 50, récompensé par la bagatelle d’une Palme d’Or et d’un Oscar, mais également un souvenir d’enfance pour la plupart d’entre nous, nimbé du halo créé par le souvenir lointain du plaisir de jeune spectateur. Il fait partie de ces rares œuvres qui invitent plusieurs générations à communier ensemble. Le ballon rouge, c’était encore et surtout, de manière flagrante, un film marionnettique: ainsi est-il bien naturel qu’il ait inspiré les artistes du geste manipulatoire.

Le ballon rouge, version spectacle cette fois, part du même endroit que le film trouver ensuite son propre cheminement, même si le mouvement narratif, globalement, est assez semblable. Le dénouement notamment est assez différent. Reste une histoire belle et simple d’amitié confrontée à l’adversité, poétique dans son dépouillement et la délicatesse de son traitement, par les images autant que par la parole.

Ce qui frappe de prime abord, lorsque l’on prend place dans la salle, c’est le soin apporté à la scénographie et au décor: de même que les rues du Ménilmontant des années 50 constituent un élément central de la dramaturgie et de l’esthétique du film, la volonté des marionnettistes a été de restituer un environnement urbain très reconnaissable, en plusieurs plans, en poétisant la ville qui se réduit principalement à des silhouettes d’immeubles et à ses lumières. Le soin apporté à l’aspect visuel du plateau, l’impressionnante – et astucieuse – structure qui constitue le squelette de ce décor étudié, doit être souligné.

Le ballon rouge est donc un spectacle de marionnettes, où l’on retrouve évidemment le ballon, évidemment animé, mais également le personnage du petit garçon en marionnette portée d’une trentaine de centimètres, jolie et expressive, à laquelle des sourcils presque froncés donnent parfois un air soucieux. Cependant, la palette technique est loin de s’arrêter là, et, après un passage par le théâtre d’objets – les habitants du voisinage sont figurés par des lampes, ce qui donne un sens nouveau à la Ville Lumière – et le domptage de bulles de savons – périlleux, car elles atteignent une taille impressionnante – toute la fin du spectacle est transposée en théâtre d’ombres. Il s’agit donc d’une oeuvre très riche et complète, ce qui explique que, au-delà d’un plaisir nostalgique un peu régressif, les spectateurs adultes puissent  trouver un vrai plaisir à suivre le spectacle, à un niveau méta-narratif.

Le travail sur la lumière est trop soigné pour n’être pas mentionné. Au-delà de la création lumière, simple mais précise, Jessy Caillat aime visiblement s’entourer d’objets lumineux sur scène. Ainsi le spectacle s’ouvre-t-il sur une réjouissante chasse aux lettres lumineuses, pour recomposer, syllabe par syllabe, le titre du spectacle, comme une enseigne qui surplombera le décor. Evidemment, les jeux de lumière culminent dans le théâtre d’ombres, avec des jeux sur les couleurs et les transparences.

En somme, un joli récit, simple mais pas mièvre, qui capte très efficacement l’attention des jeunes spectateurs, le plaisir de voir voler les bulles de savon, la surprise de reconnaître des personnages familiers au sein d’une histoire renouvelée, un univers visuel léché: un spectacle définitivement recommandable, à tous les âges de la vie!

Le ballon rouge a été donné chez les Thénardiers à Montreuil, à l’occasion de la naissance officielle de La Palpitante Compagnie et dans le cadre du festival MARMOE.

« Le Ballon Rouge »
Très librement inspiré de l’oeuvre éponyme d’Albert Lamorisse
Conception et mise en scène: Jessy Caillat et Luc-Vincent Perche
Regard: Claire Latarget
Interprétation: Jessy Caillat et Marie Girardin
Scénographie: Jessy Caillat et Luc-Vincent Perche assistés de Cédric Vernet
Construction structure: Alin Caillat – Le quatrième mur
Lumières: Pierre-Yves Aplincourt
Musique: Mike Solomon accompagné des comédiens de l’Oiseau-mouche
Costumes: Marie Grammatico et Emmanuelle Thiébault
Marionnette, objets lumineux: Pierre-Yves Aplincourt, Jessy Caillat, Luc-Vincent Perche et Cédric Vernet
Régie: Lila Maugis
Photos: (c) Fabien Debrabandière

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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