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« 1932, année érotique » un arrêt sur images sur la vie et l’oeuvre de Pablo Picasso

« 1932, année érotique » un arrêt sur images sur la vie et l’oeuvre de Pablo Picasso

13 novembre 2017 | PAR Diane Royer

À l’automne, s’est ouverte l’exposition « Picasso 1932, année érotique » au musée Picasso, à Paris. Elle est à découvrir jusqu’au 11 février 2018.

Avant même d’avoir franchi le seuil de la porte cochère de l’Hôtel Salée, un mystère plane : En quoi l’oeuvre Pablo Picasso est-elle érotique en 1932 ? En regardant dans le dictionnaire pour y consulter la définition d’un « artiste érotique », on y découvre qu’il s’agit d’un peintre traitant de l’amour. Cette réponse soulève alors, bien entendu, une seconde interrogation à savoir si l’amour, celui aussi bien vécu que représenté, est-il un moteur de création chez Picasso ? Alors, le message est clair : pour le spectateur, il s’agit de prendre connaissance d’une nouvelle approche qui tente de déceler le « mystère Picasso », de dévoiler les secrets de l’atelier, celui de la création…

L’exposition propose un parti pris original. Elle questionne le génie créateur de Picasso à travers la production artistique d’une année. Celle-ci est exposée de façon chronologique et accompagnée d’archives diverses appartenant au fonds Picasso que le musée conserve. Ainsi, l’année de l’artiste est-elle retracée au jour près, à l’aide de lettres, d’articles de presse, de factures de son boucher, de plans de la piscine à construire, etc. La vie et l’œuvre de Picasso sont intimement liés ; il confie même que « l’œuvre que l’on fait est une façon de tenir son journal ». L’exposition est conçue à partir de cette formule. Le spectateur peut donc mieux se représenter la vie quotidienne de l’artiste alors que ce dernier, en 1932, obtient sa première rétrospective, galerie Georges Petit, à Paris. Le visiteur percevra également la densité incommensurable de production, à travers l’échantillon d’œuvres qui est donné à voir.

Comment l’érotisme est-il traité en 1932 par l’artiste espagnol ? La majeure partie des œuvres présentées est composée des portraits de femme, tantôt sculptés, tantôt peints ou seulement esquissés. Certains d’entre eux figurent des femmes que Picasso a aimées mais, plus que le sujet, la manière de peindre est révélatrice : courbes et contrecourbes s’enchevêtrent, couleurs douces et couleurs gaies se superposent. De temps à autres, la figure de la femme aimée se métamorphose en minéral ou en animal, à la manière des nymphes et des déesses aimées de Zeus. Dans un style biomorphique, dormeuses et liseuses surprises dans un délassement inouï peuvent se changer en créatures menaçantes, en mantes religieuses effrayantes. Il s’avère toujours passionnant de rechercher dans l’œuvre de Picasso un dénominateur commun, pour comprendre ce génie créateur mais, sans cesse l’on découvre des œuvres réalisées simultanément. Par exemple, Picasso peint un portrait féminin coloré, doux et apaisé quelques temps seulement après avoir créé une sculpture en fer soudé, linéaire et peinte en blanc.

La douceur, le calme et la volupté caractéristiques d’une partie de la production artistique de Picasso, effectuée en 1932, laisseront bientôt place à l’angoisse et l’affliction, avec les années de guerre civile espagnole, puis de second conflit mondial.

L’exposition a été conçue par des conservatrices du Musée Picasso, en collaboration avec la Tate Modern, Londres, qui présentera l’exposition « The EY exhibition : Picasso 1932 – Love, Fame, Tragedy » dès mars 2018.

Visuels :

Le Re?ve (coll particulie?re) Pablo Picasso, 1932, Huile sur toile, Collection prive?e de Steven Cohen, © Succession Picasso 2017

Picasso devant la sculpture La femme au jardin (MP267) lors de l’exposition du 16 juin au 30 juillet 1932 a? la galerie Georges Petit (APPH6652) Anonyme, 1932, Paris, E?preuve argentique, Paris, muse?e national Picasso-Paris, © Succession Picasso 2017

Femme au fauteuil rouge (MP139) Pablo Picasso, 1932, Paris, Huile sur toile, Paris, muse?e national Picasso-Paris, Photo © RMN-Grand Palais (muse?e national Picasso-Paris)/ Thierry Le Mage © Succession Picasso – Gestion droits d’auteur RMN : 16-524562, © Succession Picasso 2017

Femme e?tendue au soleil sur la plage (MP1069) Pablo Picasso, 25 mars 1932, Boisgeloup , Fusain, papier calque, peinture a? l?huile, Paris, muse?e national Picasso-Paris Photo © RMN-Grand Palais (muse?e national Picasso-Paris)/ Thierry Le Mage © Succession Picasso – Gestion droits d’auteur Fichier RMN : 03-014555, © Succession Picasso 2017

Nu couche? (MP142) Pablo Picasso, 4 avril 1932 Boisgeloup Huile sur toile, Paris, muse?e national Picasso-Paris, Photo © RMN-Grand Palais (muse?e national Picasso-Paris)/ Rene?-Gabriel Oje?da © Succession Picasso – Gestion droits d’auteur, Fichier RMN : 97-021209, © Succession Picasso 2017

 

Infos pratiques

Comité du film Ethnographique
Bureau d’Art et de Recherche
Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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