Théâtre
L’Affrontement : Face à face entre les anciens et les modernes sur l’autel

L’Affrontement : Face à face entre les anciens et les modernes sur l’autel

01 mai 2013 | PAR Melissa Chemam

Thème hautement contemporain, la modernisation de la religion, de l’Eglise et du sacerdoce revient sur la scène parisienne au Théâtre Rive Gauche avec l’Affrontement, fort et délicieux duo entre le grand Francis Huster et le puissant Davy Sardou.

laffrontementQui pourrait croire que deux acteurs suffiraient à traiter d’un thème aussi vaste ? Celui de l’Eglise catholique face au vingt-et-unième siècle et ses défis. Non seulement ils suffisent, mais ils font bien plus que cela, ils incarnent les deux protagonistes de la pièce de l’Américain Bill C. Davis avec poigne et surtout – et c’est plus inattendu – avec un immense humour. Second degré et religion ferait-il bon ménage ? Peut-être pas au sein de l’Eglise, mais sur une scène assurément.

La mise en scène annonce la couleur dès la première minute : son de cloches, chants religieux et autel dressé au dessus du public… Pour un sermon. En scelle, un prêtre docte et sûr de lui qui lance un dialogue sur les crises qui frappent l’Eglise, mais sans vraiment laisser les questions gênantes s’installer.

C’est sans compter sur Mark Dolson. Le comédien Davy Sardou incarne cette provocation : jeune séminariste envoyé dans le diocèse du populaire Révérend Père Tim Farley – interprété par Francis Huster -, Dolson proclame son enthousiasme face à l’idée de l’entrée des femmes dans la prêtrise et sa tolérance concernant la vie émotionnelle des prêtres. Il fait vite l’effet d’une petite bombe. La pièce s’ouvre sur ce sermon du dimanche du père Farley durant lequel, pour la première fois, une autre voix intervient sans ménagement. Or il se trouve que le jeune homme est ensuite confié au père par Monseigneur Buck, le ‘chef’ du diocèse, pour lui apprendre le tact et la diplomatie… Commence alors une tentative d’éducation et de transmission qui ne se fera peut-être pas dans le sens prévu.

Car, jeune et fougueux, le séminariste Mark Dolson a un parcours iconoclaste et torturé mais qui l’a poussé à trouver un foi inébranlable. Fatigué, et inséparable de sa bouteille, le Père Farley, par contre, est usé et drogué à l’amour mielleux de ses paroissiens qui vient combler sa solitude peut-être plus que lui-même ne leur prodigue aucun éclaircissement spirituel… Une sclérose religieuse que dénonce le jeune Dolson, plus prompt à réveiller les fidèles par sa colère qu’à leur caresser la mauvaise foi.

Autour de ce duo, la mise en scène parvient à faire tournoyer les voix des paroissiens via leurs appels téléphoniques, leurs interventions vocales durant les sermons ou leurs lettres au Père, ainsi que l’autorité de Monseigneur Buck et de la hiérarchie religieuse, brillant en absence par sa distance et son manque de clémence comme de miséricorde. Dans sa fougue, Dolson brise tous les tabous, celui du sacerdoce des femmes, comme celui du célibat des prêtres mais aussi de leur sexualité, à travers le cas de deux jeunes séminaristes qu’il défend, chassés après des accusations concernant leur supposée homosexualité.

Le débat est hautement catholique, mais pourrait, sincèrement, se poser dans toutes les confessions, dans une sorte de balancement permanent entre le spirituel et le temporel.

La verve de Dolson repose aussi sur un humour sans limite. De son sermon sur les poissons exotiques à ses métaphores sur le venin du serpent en chaque homme, rien ne l’arrête, transformant cette confrontation on ne peut plus sérieuse sur le fonds en un moment délicieux de rire et de provocation philosophique pour les spectateurs !

Jean Piat connut déjà un premier succès avec L’Affrontement il y a 17 ans, une pièce qui permis à Jack Lemmon d’aller aux oscars et en France à Francis Lalanne d’obtenir un Molière. Gageons que cette reprise aura le même destin.

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaîté 75014 Paris. Du 28 avril au 30 mai : du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 17h30.

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