Théâtre

La voix de Samuel Beckett résonne à l’Etoile du Nord

La voix de Samuel Beckett résonne à l’Etoile du Nord

08 juillet 2011 | PAR Avela Guilloux

La compagnie Estrarre ouvre son festival d’été à l’Etoile du Nord avec  » La voix de Samuel Beckett », mis en scène par Stéphane Auvray-Nauroy et interprété par Julien Kosellek.

Un jeune écrivain, obsédé par la nomination de l’innommable, fasciné par l’oeuvre et la personnalité de Samuel Beckett, au point de s’amuser très sérieusement à revivre l’expérience psychanalytique de ce dernier, finit par se laisser contaminer par la folie de l’écriture du grand auteur et trouve à son tour sa propre parole, son propre chant, sa propre voix.

Stéphane Auvray-Nauroy a choisi d’adapter ce texte , un « livre fou », parce qu’il est d’un tel foisonnement littéraire, psychanalytique, ludique et tragique qu’il offre à l’acteur une partition de jeu toute théâtrale. Pari réussi.

Si Beckett se résume pour vous à quelques pages incompréhensibles d’ « En attendant Godot », il y a fort à parier que ce spectacle vous surprendra. C’est une plongée dans un univers torturé et sinueux, plein de traumatismes et de zones d’ombres glaçantes, qui, s’ils apportent un bel éclairage sur l’oeuvre du dramaturge se suffisent à eux-mêmes : nul besoin d’être un spécialiste de Beckett pour suivre, ce sont lesdouleurs et les méandres de l’esprit d’un homme que l’on expose ici, et non une explication de texte. Tant mieux, rien n’est plus pénible que les spectacles qui ressemblent à des fiches de lecture.

Sur un plateau nu, Julien Kosellek fait entendre ce texte a tiroirs d’une manière humble et belle. Très bien dirigé, il porte le texte d’une manière surprenante, et réussit le tour de force de passer d’un personnage à l’autre ( Beckett/ l’auteur/ le psychanalyste)  sans pour autant tomber dans les écueils de l’imitation de bas étage. Avec un sens de la rupture formidable, il incarne le dialogue entre l’écrivain et son psychanalyste, et fait également entendre la voix du jeune écrivain.

Point d’artifices ici, la langue, l’exploration de la parole et du sens qu’on lui donne suffisent. Un plateau, une chaise, aucun accessoire, des lumières simples et pures . L’acteur explore tout cela, part, revient, disparaît, réapparait,  s’immerge dans la folie de Beckett, et les spectateurs le suivent sur cette route tortueuse, cherchant une issue, bien lointaine semble-t-il. La noirceur du propos n’est jamais surjouée, et malgré la grandiloquence qui peut apparaître à certains moments,rien ni personne ne se prend au  sérieux. La scène finale, toute en retenue, est magnifique.

Un spectacle qui replace l’acteur au plus bel endroit de son métier, celui où il donne un corps à la parole, tout simplement.

 

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Avela Guilloux

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