Théâtre
La noce de Bertolt Brecht, quand le banquet nuptial vire au chaos

La noce de Bertolt Brecht, quand le banquet nuptial vire au chaos

17 octobre 2020 | PAR Geraldine Elbaz

La Compagnie du Berger installée depuis 2009 à Amiens, associée au Centre Culturel Jacques Tati, nous présente sa nouvelle création d’après le texte de Brecht intitulé La noce, mis en scène par Olivier Mellor. Après les premières représentations à Amiens, la pièce sera jouée au Théâtre de l’Epée de bois à Paris, du 13 au 29 novembre 2020. Une pièce chorale explosive.

Le public est accueilli dans une ambiance jazzy festive lorsqu’il s’installe dans les fauteuils confortables du théâtre du Centre Culturel Jacques Tati, à Amiens. Au lever de rideau, les neuf convives sont déjà attablés, discutent et rient aux éclats. Trois musiciens côté cour, costumes à paillettes et répertoire original, viennent compléter le tableau. L’alcool coule à flots, le cabillaud est servi et les jeunes mariés semblent heureux. Tous ont revêtu leurs plus beaux habits pour l’occasion et les visages sont maquillés de blanc à la façon des mimes, accentuant une tonalité burlesque. Le décor est planté, illuminé de lumières chaudes. Mais les apparences sont souvent trompeuses et nous allons assister à une déconfiture progressive inéluctable…

Bertolt Brecht a 21 ans quand il écrit La noce en 1919, alors profondément marqué par la Première Guerre Mondiale, dans une Allemagne en ruine et humiliée, qui sera le terreau de l’avènement du nazisme. Montée pour la première fois en 1926 à Francfort, la pièce politique et sociale en un acte critiquant ouvertement la petite bourgeoisie de l’époque, fait scandale.

Au fil de la soirée, tout s’écroule, les masques tombent, les liens s’étiolent, le mobilier s’effondre, la fête est gâchée. Et si nous décidions d’en rire plutôt que d’en pleurer ? C’est le parti pris de l’auteur, via l’effet de distanciation, le fameux « Verfremdungseffekt » brechtien, permettant de garder les consciences éveillées. Car la noce est bien une satire qui permet de rire de tout, à commencer par soi-même.

Olivier Mellor nous propose ici une mise en scène inventive, complètement décalée et pousse à l’extrême le curseur de la farce, jusque dans le choix des morceaux joués par les musiciens. On ne vous en dira pas plus, vous jugerez par vous-mêmes.

L’espace est exploité totalement, le désastre annoncé n’en est que plus retentissant et quand les meubles se fracassent, c’est grandiose ! Les comédiens jouent une partition grandiloquente, voire même extravagante et mettent le paquet pour pousser la dérision à l’extrême.

Le résultat est flamboyant et quitte à nous servir une noce épique, autant le faire à fond.

 

 

La noce
De Bertolt Brecht
Mise en scène Olivier Mellor
Avec Fanny Balesdent, Marie-Laure Boggio, Emmanuel Bordier, Marie-Béatrice Dardenne, François Decayeux, Françoise Gazio, Rémi Pous, Stephen Szekely, Denis Verbecelte
Musiciens Romain Dubuis, Séverin Jeanniard et Olivier Mellor

Au Théâtre de l’Epée de Bois du 13 au 29 novembre. Tous les vendredi à 18H30 ( Fin à 20h) Tous les samedis et dimanches à 14H30 et 17H.

Durée 1h20

Visuel : ©Ludo Leleu

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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