Théâtre
La Folie Sganarelle, Molière et Claude Buchvald pour un spectacle très contemporain

La Folie Sganarelle, Molière et Claude Buchvald pour un spectacle très contemporain

09 novembre 2011 | PAR Emma Letellier

Créée en octobre au Théâtre de Corbeil – Essonne , La Folie Sganarelle a entamé jeudi 2 novembre, au T.O.P., sa tournée parisienne. La metteur en scène Claude Buchvald y travaille trois farces de Molière compilées autour du personnage de Sganarelle : L’Amour médecin, Le mariage forcé et La jalousie du barbouillé. Force vive et entêtée, défendant avec une vigueur naïve et bafouée ses intérêts, Sganarelle est l’héritier de Pierrot à la face enfarinée, joué tour à tour, malgré ses efforts, par sa bonne, sa fille et sa femme, entre autres arroseurs. Bien souvent arrosé, il croit instrumentaliser quand il se trouve, en général, le dindon de la farce.

Sur un plateau couvert de planches en bois rappelant le tréteau originel du théâtre de foire, un seul élément de décor protéiforme et original, tout en hauteur et en bois, dessine le point de concentration des trois pièces : la maison de Sganarelle. Tour de guet, guet-apens, pas de porte, jalousie, façade de rue, cette tourelle magique, fruit de l’inventivité des scénographes Damien Schahmaneche et Lise Lendais, est ici au service d’un texte qui veut renouer avec la quintessence du théâtre : un espace de jeu malléable où se croisent des instances de l’universel. Car les histoires de Sganarelle sont celles de Monsieur Toutlemonde, d’avant et de maintenant, confronté à des Caractères, téméraires et bien trempés.

Le savant homme de lettres perdu dans son verbiage rhétorique, la servante effrontée se moquant de l’autorité paternelle, la jeunesse éprise d’amour et de liberté, le beau-père espagnol et féroce, le frère belliqueux, des bonimenteurs ambulants et bien sûr les médecins assassins sont autant de figures, emblématiques d’une époque et d’une société, que Molière s’aventure à portraiturer et à moquer. Les personnages, remarquablement interprétées par l’ensemble des comédiens, défilent dans une série de saynètes croustillantes et enlevées où la naïveté de Sganarelle est littéralement battue en brèche.

Mais l’intermède musical de Benjamin Abitan et Régis Kermorvant, improvisant un air publicitaire qui vente les mérites d’un médicament plus efficace que le Médiator, capable de soigner les peines d’amour aussi bien que les crises de sarkozite aigue, ancre le travail de Claude Buchvald dans une perspective résolument contemporaine. Les costumes de Sabine Siedwalt, savoureux dans l’habile mélange de rappels des tenues d’hier et d’aujourd’hui prolonge le regard de Molière jusqu’à notre propre société.  Et ce qui ressemble à une farce surannée prend un nouveau souffle : elle offre au spectateur un voyage dans le temps en même temps qu’un regard réflexif sur son époque. Les petites et les grandes arnaques dont Sganarelle est l’exquise et malheureuse victime sont toujours aussi actives près de 400 ans après leur première interprétation. Et la clique des médecins manipulateurs n’ayant « que faire des vivants » et « (rejetant) sur la nature toutes les bévues de (leur) art » ne peut que nous faire penser à d’autres castes plus contemporaines et néanmoins usurpatrices.

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Emma Letellier

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