Théâtre

La Chanson des nuages, jusqu’à dimanche au Théâtre de l’Île Saint-Louis

06 octobre 2010 | PAR Soline Pillet

Mêlant anodin et profondeur, ‘La Chanson des nuages’, monologue féminin aux qualités inégales, se joue jusqu’à dimanche dans l’adorable théâtre miniature de l’Île Saint-Louis.

Une femme divague le jour de son mariage, remontant le fil de sa vie par association d’idées, procédé évoquant la psychanalyse aussi bien que les longs monologues de l’héroïne culte de ‘Belle du Seigneur’… L’accumulation de détails et d’anecdotes apparemment insignifiants laisse évidemment présager au spectateur une intrigue plus dramatique, qui donne lors du dénouement son épaisseur à la pièce. En filigrane derrière le visage de cette femme à qui tout échappe, se dessinent les ravages de l’inceste.

La mise en scène minimaliste, soignée et réfléchie de Vincent Guiot, est honorablement portée par la comédienne Christine Daumars, mais le texte de David Friszman n’est pas à la hauteur de son sujet aussi grave que poignant. Avec un tel thème entre les mains, et  la volonté louable de le traiter avec des pointes d’humour, l’auteur parvient cependant à enfiler les clichés comme les perles sur un collier… L’héroïne face à ses aspirations de chanteuse, son mari obnubilé par le foot, sa sœur en prise avec ses gamins… Une collection de lieux communs, sur le fond comme sur la forme, se déroule, et la multiplication des anecdotes retarde regrettablement l’entrée dans le vif du sujet. Même la scène où l’héroïne trompe son ennui en rencontrant des hurluberlus sur Minitel ne parvient pas à décoller, car le texte reste convenu et aligne des propos archi-rebattus. Alors que la pièce fut créée pour le off d’Avignon en 1998, elle a quelque chose de singulièrement daté.

L’originalité fait donc défaut à cette pièce au sujet difficile à traiter. Elle a pourtant le mérite de ne jamais sombrer dans le mélodrame, demeurant pudique jusqu’au dernier instant, et d’aborder avec subtilité une réalité encore taboue.

La Chanson des nuages – Du 21 septembre au 10 octobre 2010, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 17h30 – Théâtre de l’Île Saint-Louis, 39 Quai d’Anjou, Paris 4ème – Réservations : 01 46 33 48 65 – 15 euros / 10 euros tarif réduit.

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

2 thoughts on “La Chanson des nuages, jusqu’à dimanche au Théâtre de l’Île Saint-Louis”

Commentaire(s)

  • Graciane

    Un mot amène un autre, et nous entraîne jusqu’à la parole finale. Entre le léger et le dramatique, j’étais prise de bout en bout, au-delà du rire et des larmes. Il faut que cette pièce tourne !

    octobre 7, 2010 at 15 h 23 min
  • Morgane

    Un très beau texte qui nous parvient du début à la fin, mis en valeur par le concret, la sincérité et l’entièreté de la comédienne. Une mise en scène simple, vraie qui ne surligne pas les intentions. Bref, un beau moment d’échange dans un théâtre petit mais magnifique.

    octobre 7, 2010 at 16 h 18 min

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