Théâtre

« KIND » DES PEEPING TOM : La fin d’un incroyable triptyque

« KIND » DES PEEPING TOM : La fin d’un incroyable triptyque

03 février 2020 | PAR Jeremie Laurent

Dans sa grande salle de 1000 places, le MAC de Créteil a accueilli jeudi, le dernier volet d’une trilogie de la compagnie Peeping Tom, Kind.

Après Vader en 2014, qui mettait en scène la figure paternelle ( et patriarcale ) dans une maison de retraite et Moeder en 2016, avec cette fois-ci la figure maternelle dans une salle d’attente, la compagnie revient cette année pour achever son triptyque. Si le premier opus a été dirigé par Franck Chartier et le second par Gabriela Carrizo, c’est ensemble qu’ils décidèrent de réaliser le dernier épisode.

La pièce commence comme Bekannte Gefühle, gemischte Gesichter de Christoph Marthaler : un silence pesant règne et des personnages enrobés de film plastique sont disposés sur scène. Mais tout se brise pourtant avec l’arrivée de celle qui représente l’Enfance, l’Insouciance. Deux couettes, une robe rouge à la chaperon, une petite bicyclette qui fait inlassablement le tour de la scène, un visage cadavérique… Le ton est donné. Kind ne détonne en rien des deux volets qui l’ont précédé. A nouveau, la compagnie présente aux spectateurs une performance forte de sens dans un univers décalé et morbide. Au cours de cette heure et demi de spectacle, les troubles de l’enfant sont violemment révélés à travers le rapport à la violence, à l’amour, à la transformation et l’évolution du corps… La petite fille, sous les traits d’une femme mûre, évoluant dans son monde féerique, est rapidement rattrapée par la dureté de la réalité, la folie de ceux qui l’entourent, par un surmoi, un ça freudien qui prennent de plus en plus de place.

Les Peeping Tom réussissent toujours l’incroyable prouesse de nous surprendre, tout en restant dans les mêmes gammes. Si le dialogue oral est peu employé tout au long de la pièce, le corps, lui, offre tout un panel d’expressions. Désespoir, tristesse, colère, amour… Les comédiens/danseurs ondulent entre des mouvements saccadés ou fluides, accélérés ou ralentis. Que ce soit la danse d’un cadavre au rythme des coups de feu ou celle d’une femme aveugle à la recherche de son nourrisson, les chorégraphies sont inventives et mélangent différents univers à la fois futuristes et primitifs. Maria Carolina Vieira et Eurudike de Beul ont également pu nous montrer la puissance de leurs performances vocales, rendant leurs rires et pleures mélodieux.

Le jeu des auteurs est accompagné de décors – réalisés par la compagnie avec l’aide de Justine Bougerol – et de costumes qui contribuent à alourdir une atmosphère déjà pesante. Cette fois-ci pas de maison de retraite ou de salle d’attente, mais une forêt abritant une aire de camping, à coté de grandes falaises. Les lumières créent un ciel bleu/gris crépusculaire à la Twin Peaks et se reflètent sur une lune pleine en arrière plan. Les costumes, d’une assez grande simplicité, apporte la touche de réalité à l’ensemble. Les musiques de Wagner, placées à quelques endroits, apportent, quant à elles, la pincée de féerie. Les arbres bougent, des roches tombent, des grottes s’ouvrent pour laisser place à des créatures cauchemardesques… Tous les ingrédients sont rassemblés pour un moment unique et surprenant.

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Jeremie Laurent

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