Opéra
L’Opéra de Dijon se prepare à mettre en scène « Les châtiments » de Brice Pauset

L’Opéra de Dijon se prepare à mettre en scène « Les châtiments » de Brice Pauset

03 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’Opéra de Dijon présentera en création mondiale sa commande à Brice Pauset, Les Châtiments, d’après l’oeuvre de Kafka. A voir les 12, 14 et 16 février. En attendant, le service communication de l’Opéra de Dijon a accepté de répondre à nos questions. 

Comment l’Opéra de Dijon et le compositeur Brice Pauset ont-ils choisi de créer une œuvre lyrique autour des livrets d’un des écrivains les plus fascinants du XXème siècle Franz Kafka ?

L’Opéra de Dijon travaille sur ce projet avec Brice Pauset depuis quelques temps déjà. Brice Pauset s’intéressait à deux sujets. D’une part le renversement du rapport entre les générations : auparavant, les parents étaient convaincus que leurs enfants vivraient mieux qu’eux ; quant aux futures générations, elles subiront un monde en proie aux changements climatiques, politiques et économiques. D’autre part, le rapport de l’État avec le corps de ses sujets.

Au fil de ses lectures, Brice Pauset est tombé un jour sur un petit livre de Byung-Chul Han (philosophe coréen vivant en Allemagne) qui évoque le souhait de Kafka de rassembler en Trilogie ses textes Le Verdict (1912), La Métamorphose (1912) et Dans la Colonie pénitentiaire (1914). Le sujet de la commande était ainsi tout trouvé. Le lien entre les trois œuvres le rendait évident.

Le spectacle est en allemand, comment cette langue se prête-elle au lyrique ?

L’allemand de Kafka – le « Prager Deutsch » – possède un haut degré de réalisme, tant dans son répertoire lexical que dans sa scansion. La vocalité dans Les Châtiments est tout entièrement tournée vers la vraisemblance : hormis deux moments d’intense vocalité, le reste de l’opéra opère dans la direction d’un récitatif aux multiples facettes, mais presque systématiquement soumis à un débit rythmique comparable – la voix parlée – voire plus rapide que celle-ci, réinvestissant le genre du « stile concitato » (« style agité ») développé en Italie dès le XVIe siècle dans la musique vocale descriptive.

Cette création mondiale est une production de l’Opéra de Dijon. Les costumes et les décors ont-ils été créés sur place ? Que représentent-ils ?

Les décors et les costumes ont été créés en interne, dans les ateliers de l’Opéra de Dijon. Les deux premières œuvres ( Le Verdict et La Métamorphose ) se situent dans un appartement, la troisième (Dans La Colonie pénitentiaire ) sur une île, devant une machine exécutant les peines capitales. L’appartement de la première partie évoque l’enfermement dans l’intérieur bourgeois, qui fait penser à l’enfermement à l’intérieur des familles. Ce sont trois pièces en enfilade qui sont séparées par des cloisons. On peut songer à certaines perspectives du peintre danois du tournant des XIXe et XXe siècles, Vilhelm Hammershoï : intérieurs gris ou verdâtres, cadres découpés par les portes, les fenêtres, tableaux de maisons vides ou personnages en solitude, peints comme des natures mortes, anticipant déjà sur les scènes dépeintes par l’Américain Edward Hopper. La machine quant à elle constitue l’unique élément de décor du troisième Acte, imposant.

Vous faites appel au metteur en scène, David Lescot, un amoureux du Jazz et du théâtre qui vient ici croiser le lyrique (pour la deuxième fois à l’Opéra de Dijon, après avoir mis en scène la Flûte enchantée de Mozart en 2018), quel a été son choix de direction pour cette création mondiale ?

Pour la mise en scène de cet opéra, David Lescot s’est librement inspiré du réalisme qui règne dans les œuvres de Kafka. Le choix était de mêler le burlesque au tragique afin de toucher un réalisme qui ne soit pas celui des apparences, mais des réalités cachées. L’écriture de Kafka, comme celle de la machine de la Colonie, obéit à une précision mécanique et technique. Elle touche aussi un comique très particulier, une sorte d’humour tragique sur fond de désespoir : Gregor Samsa, transformé en insecte, se préoccupe surtout de savoir quel train il pourra attraper pour se rendre au travail.

Pour mieux s’approprier cette création mondiale, est-ce que l’Opéra de Dijon organisent des rencontres ou des ateliers destinés au public?

Le 8 février nous accueillerons le public autour d’un troisième atelier de découverte de la musique contemporaine. Nous avons prévu un atelier pour enfant le 16 février ainsi qu’une rencontre avec les artistes à l’issue de la représentation : l’objectif est de donner les clés de lecture au public et de leur donner une approche ludique de cette création. Sans oublier une soirée étudiante pour la première de Les Châtiments ! Par ailleurs, de nombreuses classes de collèges et de lycées seront présentes, lors de la répétition générale et des représentations.

Visuel :© Gilles Abegg – Opéra de Dijon.  

Informations pratiques

Du 12 au 16 à l’Auditorium. Mercredi 12 à 20h00, vendredi 14 à 20h00 et dimanche 16 à 15h00. De 5,50€ à 65€ . 2h30 environ entracte compris. Informations complémentaires et réservations.

Article partenaire

Infos pratiques

Maison de l’Amérique Latine – Strasbourg
Musée des Plans-reliefs
Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *