Danse
Virtuose huis clos chorégraphique à Lyon

Virtuose huis clos chorégraphique à Lyon

11 juin 2021 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra de Lyon referme sa saison 2020-2021, fortement perturbée par la crise sanitaire avec la reprise de 31 rue Vanderbranden que la compagnie Peeping Tom avait adaptée en 2018 pour le Ballet de l’Opéra de Lyon à partir de 32 rue Vanderbranden.

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En parallèle de la Biennale de la danse, reportée en début juin, le Ballet de l’Opéra de Lyon, qui y présente plusieurs solos imaginés pendant le confinement, reprend, pour refermer la dernière saison de Serge Dorny, l’adaptation 31 rue Vanderbranden que la compagnie Peeping Tom avait réalisée lors de la Biennale de la danse en 2018 pour les danseurs lyonnais à partir de l’un de ses spectacles emblématiques, 32 rue Vanderbranden, lequel avait déjà connu une deuxième version pour Göteborg en 2013, 33 rue Vanderbranden. Si le titre renvoie au nom d’une rue de Bruxelles, l’espace conçu par les chorégraphes Gabriela Carrizo et Franck Chartier n’a rien à voir avec un quartier urbain. Dessinée par Nele Dirckx, Yves Leirs et Frederik Liekens, la scénographie de caravanes au milieu d’un paysage aride, balayé par les vents et les lumières de Filip Timmerman et Yves Leirs, plonge le spectateur dans l’hostilité d’un environnement froid que l’on a voulu associer, à Lyon, avec les Alpes.

L’écriture dramaturgique favorise un contraste de saynètes et une certaine versatilité, voire une ambiguïté émotionnelle, entre le comique et le sordide – on devine ainsi en incipit la dissimulation d’un bébé mort. Dans ce grand air aux allures de huis clos, les personnages se scrutent, parfois fuient, dévient dans des secousses sentimentales ou psychosomatiques. La « normalité » des affects et des comportements est distordue, comme certains éléments du ballet classique, à l’instar des portés devenus des fardeaux sur portefaix qui rappellent par moments le geste parodique de Robbins dans The concert. On applaudira d’ailleurs l’énergie athlétique des treize solistes du Ballet de l’Opéra de Lyon, qui réinvestissent le vocabulaire chorégraphique classique avec un jeu indéniablement contemporain.

Cette esthétique de l’anamorphose, invitant à un regard divergent, se retrouve dans la composition sonore de Juan Carlos Tolosa et Glenn Vervliet, où l’on reconnaît un extrait de l’Adagio de la Musique pour cordes, percussions et célesta de Bartok, ou encore une réécriture au bord du murmure de l’Agnus Dei de la Messe en si de Bach, qui ouvre et referme ce kaléidoscope dramaturgique privilégiant une narration discontinue. La relative rudesse de la soprano Jeannine Hirzel participe de cette atmosphère où la tension reste souvent sur le fil de l’humour. Un spectacle devenu presque mythique au fil des tournées et des reprises, et dont la dimension composite fait écho à un certain visage de la modernité narrative, offrant au Ballet de l’Opéra de Lyon un terreau propice à l’épanouissement de sa personnalité au carrefour de techniques héritées de la tradition et de l’expression contemporaine.

Gilles Charlassier

31 rue Vandebranden, Peeping Tom, Opéra de Lyon, du 10 au 13 juin 2021.

©Visuel Opéra de Lyon

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