Théâtre
« Je ne vous aime pas », de Pierre Notte, aux Déchargeurs : quand la Comédie française rencontre la campagne

« Je ne vous aime pas », de Pierre Notte, aux Déchargeurs : quand la Comédie française rencontre la campagne

04 mars 2020 | PAR Julia Wahl

Le théâtre Les Déchargeurs présente jusqu’au 28 mars la pièce de Pierre Notte Je ne vous aime pas, mise en scène par Marianne Wolfsohn. Une variation sur la rencontre entre Paris et la campagne.

Ancienne sociétaire de la Comédie française, le personnage de Silvie Laguna arrive tout juste dans un village de la campagne bretonne pour présenter un spectacle dans une salle paroissienne, qui accueille aussi les bureaux de vote et les conseils municipaux. Une salle paroissiale comme tant d’autres, dont le lustre et le velours de la Salle Richelieu de la Comédie française sont terriblement absents. Ajoutez à cela un hôtel deux étoiles sans ascenseur, un Paris-Brest lourd à digérer et une élue locale – formidable Nathalie Bécue – qui vous accueille avec des Crunch quand vous lui apportez du chocolat de Bolivie « de qualité supérieure ». Il y a de quoi faire éclater sa colère ! Aussi la pièce tourne-t-elle autour du face-à-face entre cette ancienne star du Français un rien – beaucoup – condescendante et cette élue qui n’en peut plus de ce mépris jeté en pleine figure.

La metteuse en scène et actrice Marianne Wolfsohn, qui a elle-même expérimenté ce que signifie être la « comédienne de Paris » en milieu rural, a commandé ce texte à Pierre Notte. Agôn contemporain entre deux femmes qui souffrent chacune de l’incompréhension de l’autre, le texte de Je ne vous aime pas reprend au théâtre classique l’alternance entre répliques brèves et longues tirades pour montrer la force de la dispute. Il s’en éloigne toutefois par la prégnance du rire du spectateur, qui accueille la majeure partie des répliques. Le comique repose avant tout sur la mise en évidence de l’écart entre ces deux mondes que sont la campagne populaire française et les « happy few » de la vie culturelle parisienne, comme ce moment où l’élue confond le quartier de Montorgueil avec la ville de Montreuil.

Mais, si la comédienne vient jusqu’en province, c’est bien que l’on ne veut plus d’elle à Paris. Elle est has been, démodée, et court les castings pour des séries télé. Aussi sa longue tirade a-t-elle des élans de sensibilité et de sincérité qui donnent au personnage une autre dimension que la seule caricature de la comédienne snob. Que l’on préférait peut-être : si les dialogues comiques font mouche, ces velléités d’introspection sont moins convaincantes.

Même si le sujet – le hiatus entre la ville et ce qu’il est convenu d’appeler « la France périphérique » – semble rejoindre des thèmes d’actualité, la pièce vaut donc par son humour et sa légèreté, défendus avec force par les deux comédiennes. Elle a en revanche tendance à se perdre quand elle s’essaie au sérieux.

Visuel : Pascal Gely

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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