Théâtre
Cynique, mélancolique, Armel Roussel signe un juste Eveil du printemps à La Tempête

Cynique, mélancolique, Armel Roussel signe un juste Eveil du printemps à La Tempête

03 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le retour à la terre est de mise, il y a quelques jours Rizzo chorégraphiait une danse macabre à Chaillot. A La Tempête, les morts parlent des vivants sur un faux air de fête.

Frank Wedekind écrit L’éveil en 1891. Cette histoire de jeunesse qui découvre la sexualité passe mal dans « l’Allemagne conservatrice et puritaine de Bismarck, la pièce est immédiatement censurée et qualifiée « d’insensée cochonnerie » puis interdite pour pornographie ».

En 2020, rien n’a vraiment changé. Les puritains sont toujours en place, partout. Il y a un premier moment glaçant en prologue. Le duo qui compose groupe Juicy, Julie Rens et Sacha Vovk, font mine d’ambiancer le dancefloor. Elles choisissent « La boulette » de Diam’s. Il y a 14 ans, la rappeuse n’était pas religieuse et hurlait « moi j’emmerde Marine ». Aujourd’hui, elle se tait, en cachant ses cheveux sous un voile.

Le prix de la liberté se paie cher dans la version de Roussel. Et comme pour Diam’s, dire « non non » amène à disparaître.

Ce soir, il est question de fêter l’anniversaire de Wendla Bergman (Judith Williquet). 14 ans. Elle porte Les cheveux au carré, elle est mince voire maigre, et elle semble flotter, complètement flotter. Du corps, il y en a beaucoup chez Roussel, que ce soit quand les garçons jouent au foot ou quand la danseuse Uiko Watanabe fait d’étranges apparitions, comme si elle était une figure issue d’un manga.

Sur la terre battue tout se passe. Les élites grandissent, les dépressifs s’enfoncent, les filles se divisent en plusieurs groupes, les putes (Nadège Cathelineau) et les mères (Berdine Nusselder, Sophie Sénécaut). Certaines se révèlent SM, d’autres sont battues (Amadine Laval). Quand tous fusionnent, c’est la mort.

Roussel fait déborder ses onze comédiens, et on se rapproche de l’univers de Macaigne. « Ça »crie, « ça »court, « ça » gesticule aussi. Et plus l’écume des jours se fait, plus la distance des comédiens avec le tragique est parfaite. Ils ont tous l’air de s’en foutre.

« Le fond de l’abîme, je l’ai déjà trop regardé » dit Moritz ( Nicolas Luçon) à Ernst (Lode Thiery), et c’est bien cela qui se passe, cette jeunesse là voit la réalité en face. On entend « Je ne sais pas ce que j’ai perdu », et en réponse « alors ça ne sert a rien de chercher ». La terre est sombre, elle devient boueuse. L’avenir semble ici bouché et la porte de sortie embrumée.

Le metteur en scène belge que nous avions découvert il y a 8 ans aux Francophonies avec un Ivanov Remix n’a pas changé. Son éveil est décalé, il fait un pas de côté, prend des libertés dans le ton, dans la forme mais pas dans le fond.

Avec : Nadège Cathelineau, Romain Cinter, Thomas Dubot, Julien Frégé, Amandine Laval, Nicolas Luçon, Berdine Nusselder, Julie Rens, Sophie Sénécaut, Lode Thiery, Sacha Vovk, Uiko Watanabe, Judith Williquet et le groupe Juicy (Julie Rens, Sacha Vovk) en alternance avec Elbi

Jusqu’au au Théâtre de la Tempête – informations pratiques ici

Visuel : ©Pascal Gély

Infos pratiques

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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