Théâtre
Stella Serfaty nous emmène dans les bois, pour nous émanciper

Stella Serfaty nous emmène dans les bois, pour nous émanciper

04 mars 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Sans manipulation ni manigance, Stella Serfaty nous escorte à même son plateau pour un trajet participatif qui fait objet théâtral et coupure à nos vies. Les mots nous saisissent et le temps s’arrête.

 

Stella Serfaty joue au théâtre, au cinéma et à la télévision, elle enregistre pour France Culture de nombreuses oeuvres dramatiques. Elle anime par ailleurs des stages AFDAS pour les professionnels et divers ateliers de pratique artistique. Elle est une artiste militante pour l’écologie, l’agriculture durable, la décroissance; elle porte une utopie apologue de la contemplation et l’oisiveté. Un brin naîve et rebelle, l’artiste est une idéaliste qui demande la parole mais sans jamais sombrer dans des certitudes qui trop souvent construisent les doxas des mouvements sectaires.  

Ce qui me bouleverse chez ce poète, ce visionnaire, c’est sa capacité à créer un lien indéfectible entre le politique, la Nature et soi. Stella Serfaty

Walden ou la Vie dans les bois est un récit publié en 1854 (il y a pres de deux cents ans!) par l’écrivain américain Henry David Thoreau.  Le livre raconte la vie que Thoreau a passée dans une cabane pendant deux ans, deux mois et deux jours, dans la forêt appartenant à son ami et mentor Ralph Waldo Emerson, jouxtant l’étang de Walden. De cette expérience naît le roman duquel Stella reprend des extraits qu’elle plante telles des graines dans nos esprits devenus accueillants par la beauté et l’animalité de la comédienne; des esprits devenus optimistes et souriants grâce à la performance instinctuelle de la  danseuse Julie Botet et qui se rappellent à leur âme d’enfant par la construction lente appliquée et faussement bricolée d’une cabane, objet pivot de la scénographie. Toute la doctrine de l’auteur américain est restitué, en tendresse toutefois et sans l’appel à la subversion ou la désobéissance civile. 

Après l’apparition lente d’une chrysalide, figure à la fois de la Nature, du monde entier, de l’Autre et de l’oeuvre-fille de l’artiste, la pièce se déplie en trois actes:  La construction d’un abri, la contemplation de l’espace intérieur et extérieur, et enfin  une séquence de création où le spectateur est placé dans une géographie de possibilités, un espace jonchés de minéraux, de végétaux, de brindilles et autres matériaux posés à terre. Le public s’emparera de la fin du spectacle tandis que la comédienne et la danseuse se retirent.

L’œuvre finale ainsi réalisée sera l’œuvre unique du jour. La fable écolo et humaniste devient un manifeste pour aujourd’hui dans une proposition de pratiquer une pause pour penser autrement. Stella Serfaty construit cette pause, c’est là son immense talent .

 

Dans les bois

Spectacle pour spectateurs en mouvement d’après Walden

de Henry David Thoreau

Crédit Photos theatre-des-turbulences

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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