Théâtre
Avignon OFF : Antonio Interlandi entre dans le corps de la Mauvaise petite fille blonde de Pierre Notte

Avignon OFF : Antonio Interlandi entre dans le corps de la Mauvaise petite fille blonde de Pierre Notte

29 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au OFF, qui donc se poursuit dans certains lieux jusqu’au 31 juillet, Pierre Notte, oui Pierre Notte, met en scène Mauvaise petite fille blonde dans le minuscule Atypik Théâtre. Acide, corporel et faussement enfantin.

Jouer encore

Voilà ce qui arrive quand le Festival d’Avignon s’arrête, la ville se vide, le OFF devient ultra visible et des affiches illisibles jusque là sautent aux yeux. C’est le cas de ces mots clés là : l’Atypik théâtre, 40 places avec ou sans pass, présente Mauvaise petite fille blonde de Pierre Notte, mis en scène par… Pierre Notte, avec le danseur et donc comédien Antonio Interlandi. Il y a presque tout ça sur l’affiche qui depuis le début du mois nous faisait croire qu’il s’agissait là d’un petit chaperon rouge, car sur l’affiche sur fond jaune se trouve une gamine brune, en manteau rouge tenant un loup en laisse. Il a donc fallu s’arrêter, au calme et croire ce que nous lisions, et donc, foncer voir la pièce.

Pointures

C’est la première fois que Notte dirige l’acteur, chanteur et danseur Antonio Interlandi – vu notamment chez Arias – pour un seul en scène et c’est flamboyant. Notte fait du corps de cet acteur la matière première de ce texte. Ce texte qui est, comme toujours, le même et le différent. On le sait, chez Notte, les stars vivent en province et bossent chez Monop’, les mères sont trop : absentes ou présentes. Et ses personnages sont toujours, mais alors toujours, à fleur de peau. Chez Notte, on n’est jamais loin de Demy, on chante toujours, parfois beaucoup, parfois un peu, et ici on chantera un peu. Et là où on ne l’avait pas encore vu venir, c’est du côté du petit Nicolas. Car cette petite fille-là, qui vous l’aurez compris est joué par un homme adulte, torse nu, tutu rose et converses rouges, parle comme chez René Goscinny. « Elle » dit : « Je n’ai pas fait exprès, j’aurais fait exprès je le dirais, je le dirais que j’ai fait exprès, mais là je n’ai pas fait exprès, non je n’ai pas fait exprès je ne suis pas une méchante fille ».

Faire le mal, c’est bien

Mais fait exprès de faire quoi ? Eh bien ! de renverser la coupelle d’une mendiante. De cet incident découle une semaine folle où la petite fille se confronte à l’injustice la plus crasse tous les jours. De sa classe où elle rêve de scalper sa pire ennemie au lit de son cousin Christopher qui pue des pieds, tous les poncifs de comptoirs y passent. Juifs, noirs, gay, filles… Notte se les paie tous avec son talent unique.

Si tout le monde est injuste, alors la petite fille décide de faire sienne la justice. Et vous ne serez pas déçus ! Antonio Interlandi incarne dans ses muscles serrés et ses bras torves les mots soi-disant inconscients de l’enfance. Le décalage est partout. Il fait entendre les déraillements du monde, et ça Notte sait faire. Mais aussi, une fois de plus, pointer du doigt les mères insatisfaisantes et les pères déconnants.

Une pièce géniale à voir jusqu’au 31 à 18h30 à l’Atypik, durée 1h10. Avant son arrivée au Théâtre de la Flêche à Paris cet automne.

Visuel : © YDB productions

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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