Théâtre
Nathalie Becue est magistrale en Apprentie sage-femme

Nathalie Becue est magistrale en Apprentie sage-femme

14 décembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Bien sûr vous connaissez son nom. Cette ancienne pensionnaire de la Comédie Française a foulé les planches sous les directions de Patrice Chéreau, Wajdi Mouawad, on l’a vu au cinéma notamment dans Holy Lola de Bertrand Tavernier. L’immense comédienne Nathalie Bécue agrandit l’espace exiguë du paradis pour livrer un texte qui ne laisse aucune place à l’amateurisme. Courrez voir l’apprentie sage-femme.

Sur Scène, elle est dirigée par Félix Prader, lui a travaillé pour la Schaubühne, la comédie française, Bob Wilson. Vous l’aurez compris, le niveau de jeu atteint les sommets. Surprenant de croiser la crème du subventionné dans la plus petite salle d’un des meilleurs théâtres  privés de Paris. On se laisse prendre à la première seconde. Elle arrive femme blonde solide, lourdement vêtue d’un tablier noué sur une robe très couvrante en tissus épais. Le plateau est dépouillé, juste ponctué de quelques objets vrais : un gros livre du 17ème, une chaise du 16ème, une cruche, un bol, un couteau, trois pommes.

Elle est vieille aujourd’hui et revient sur sa vie, celle d’une gamine sans nom trouvée dans le Fumier fumant de la chaumière de Jeanne la Pointue, sage-femme charismatique de son état. La dame accueille la gosse qui devient son apprentie sage-femme. Au fil des saisons, des expériences et des rencontres, celle qui est surnommée cafard devient Alice, jeune femme tout aussi solide mais plus douce que sa formatrice.

Le texte étonnant de Karen Cushman, merveilleusement adapté par Philippe Crubézy nous plonge dans la terre pour un voyage initiatique étonnamment haletant et palpitant. Avec elle nous sentons notre cœur se serrer quand l’accouchement se fait difficile, avec elle nous frissonnons quand Will le Roux la regarde, avec elle nous parcourons les chemins vicinaux de la campagne anglaise pour être émerveillés par une foire truculente. « C’était comme ça la vie au village avec les saisons qui s’ensuivaient, les arbres qui changeaient de couleurs, les vieux qui passaient et les braillards qui arrivaient pour les remplacer. »

La langue est drue parfois vide de pronoms. Alice « au pays de la misère » nous renvoie à un monde oublié, où l’on croit aux sorcières et aux démons. Chaque naissance se passe entre calvaire et miracle. Dans cet univers à vif la petite fille de rien devient une femme sachant lire et écrire. Nathalie Bécue englobe la scène dans une mobilité dépassant les limites de la salle, du temps et de l’espace. L’apprentie sage-femme devient par son verbe médiéval un spectacle ,une réponse à la question éternelle : comment devenir adulte.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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