Théâtre

« Je m’appelle Ismaël » la prophétie de Lazare démente et déjantée

« Je m’appelle Ismaël » la prophétie de Lazare démente et déjantée

05 juin 2019 | PAR Philippine Renon

Dans sa dernière pièce, le metteur en scène et auteur Lazare installe sa vision de la folie aux Théâtre des Abbesses. Créée l’hiver dernier, au Théâtre national de Strasbourg, Je m’appelle Ismaël, est un spectacle science-fiction foutraque et délicieux.

 

Après une première impression d’un show tous azimuts, le synopsis se dessine. Pour canaliser la colère des banlieusards, appelés «extraterrestres», un psychologue fou invente une disquette dont le but se rapproche de la lobotomie. L’imaginaire des cobayes, potentiel obstacle à une pseudo-paix sociale, est alors modifié. On réduit notamment une présentatrice TV délurée à une triste femme, passionnée de ménage et de grignotage, en lui mettant dans le crâne des tableaux de Delacroix.

Ce n’est qu’un exemple de la flopée de trouvailles que le metteur en scène partage très généreusement. Les références qu’il propose sont parfaitement accessibles, sans pour autant être lourdes : un régal vintage des années 80. Fondateur du groupe de comédiens-musiciens, Villa Nova, Lazare nous ravie les oreilles d’intermèdes espiègles de sa composition (ou de Madonna). À cela s’ajoute la danse, qui parsème l’ensemble et trouve toujours l’occasion de nous faire hurler de rire. Je m’appelle Ismaël est un spectacle total.

Court-circuit dans le théâtre

Lazare fait disjoncter non seulement le réel mais aussi le théâtre. Déjà car le thème général est de la folie prolifère, mais aussi du fait des médiums convoqués sur scène. Sur les fines franges blanches d’un rideau, la pièce commence par projeter un court-métrage de ciné. Ismaël veut faire un film. Mais quand il commence à se lancer dans les explications, il plonge son auditoire, spectateurs inclus, dans une gêne absolue.

Le scénario est fou, de même que son auteur incarné à l’écran par Lazare lui-même. C’est le seul moment, une bonne vingtaine de minutes, où le metteur en scène est physiquement dans la pièce, via la caméra. Ismaël est interné, il a perdu la boule. Ce prologue original fonctionne comme une incision dans ses  nombreuses lubies. Ce personnage-créateur se dédouble et se confond, porté par plusieurs comédiens tous investis et excellents. Une coupure brillante dans une réalité qui n’a rien à envier aux univers des fous !

 

Visuels : © Jean-Louis Fernandez

 

 

 

 
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Philippine Renon

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