Théâtre

Janvier 2012 : une rentrée théâtrale européenne

02 janvier 2012 | PAR Christophe Candoni

L’Europe est au cœur de cette seconde rentrée de la saison théâtrale. Castorf, Peymann, Lupa, Liddel, Delbono, Dante, Warlikowski occuperont les plateaux de nos théâtres publics à partir du début du mois de janvier. Alors que la quarantième édition du Festival d’Automne vient de se clore, un autre évènement festivalier attend les parisiens et les banlieusards, Le Standard idéal de Bobigny ouvre le 27 janvier. Autant de propositions défendent l’idée d’un art ouvert et curieux, qui se nourrit de la redoutable capacité d’invention et de la radicalité dont font preuve les artistes d’ailleurs. L’utopie européenne se réalise sur les planches plus que nulle part ailleurs !

Nul ne peut plus imaginer une saison parisienne sans le décidément très attractif théâtre berlinois. La Schaubühne revient à Paris en mars/avril avec deux productions invitées par le théâtre de l’Odéon. Le flamand Ivo van Hove présentera sa vision contemporaine du Misanthrope de Molière tandis que le metteur en scène et patron des lieux Thomas Ostermeier revient avec sa nouvelle production shakespearienne Mesure pour mesure ; deux occasions immanquables d’applaudir l’époustouflant acteur Lars Eidinger. Avant cela, c’est la Volksbühne qui sera à l’honneur avec la création de La Dame aux Camélias (première le 7 janvier). Frank Castorf adapte et met en scène le roman d’Alexandre Dumas fils avec des acteurs français dont fait partie Jeanne Balibar. Grâce à l’intervention de textes de Georges Bataille et Heiner Müller, il entend déconstruire le romantisme bourgeois qui colle à l’oeuvre.

Après la Lulu déjà légendaire de Bob Wilson, le Berliner Ensemble présentera au Théâtre de la ville Simplement compliqué (première le 14 janvier) de Thomas Bernardt. Claus Peymann met en scène Gert Voss dans l’histoire d’un vieil acteur solitaire qui déteste son métier et le monde entier, et qui pourtant ne renonce à rien, surtout pas à vivre.

Krystian Lupa, est à la Colline à partir du 7 janvier. Ses deux derniers spectacles présentés en France, l’un sur Marilyn, l’autre une adaptation de Fin de partie de Beckett, vus tous les deux à Nanterre, nous avaient totalement conquis. Cette fois, il dirige une troupe de jeunes comédiens sortis d’écoles nationales (CNSAD, TNS et Lausanne) dans Salle d’attente. Sa première création en français s’est établit à partir de la pièce Catégorie 3.1 de Lars Norén, une auscultation quasi ethnographique des marges sociales, et d’improvisations, une pratique qui demeure au cœur de son travail. Autour du spectacle, une rencontre avec le metteur en scène est annoncée pour le lundi 9 janvier ainsi que la projection de Extinction (Wymazywanie) le 21 janvier. En mars prochain, ce sera au tour d’un de ses disciples, le talentueux Krzysztof Warlikowski, de présenter sa dernière œuvre. Les Contes Africains d’après Shakespeare se donneront à Chaillot (du 16 au 23 mars).

La rentrée est également marquée par la venue d’Angelica Liddel. Sa révélation au Festival d’Avignon en 2010 fut l’effet d’un choc mais c’est la première fois qu’elle se produit à Paris. L’artiste espagnole fera entendre sa colère d’écorchée vive d’abord au Rond-Point avec El Ano de Ricardo (du 12 au 29 janvier) puis à l’Odéon dans La Casa de la fuerza. Suivront d’autres artistes engagés dans un théâtre de révolte qui bouscule et émeut, ce sont les italiens Pippo Delbono et Emma Dante de retours au Rond-Point qui décidément débute l’année très fort. Le premier traite de ses thèmes de prédilections, l’être ensemble, l’exclusion, la marginalité, au cours d’un spectacle dansé intitulé Dopo la battaglia. L’étoile de l’Opéra de Paris Marie-Agnès Gillot participera au cinq premières représentations ! La metteuse en scène sicilienne (née à Palerme) et sa compagnie présenteront trois pièces, trois œuvres regroupées sous le titre La Trilogia degli occhiali à partir du 3 février.

C’est toujours un moment phare de la saison de la MC93 : le Festival Le Standard idéal démarre fin janvier et sera une fois de plus une invitation à poursuivre la découverte du théâtre européen. La 9eme édition s’ouvre avec une création mondiale signée David Marton et coproduite avec la Schaubühne. Il y a un an, le public français ne connaissait pas cet artiste d’origine hongroise qui vit et travaille maintenant à Berlin, metteur en scène de formation musicale (piano et direction d’orchestre) qui a fait ses classes auprès de Castorf et Marthaler et chez qui on retrouve l’impertinence loufoque et affranchie de toute forme d’académisme. Le clavier bien tempéré ne sera pas moins que sa quatrième pièce en seulement un an à Bobigny où il a été révélé, preuve qu’il est devenu un artiste incontournable !  Une fois de plus, la musique classique et l’opéra occupent une place importante dans son travail ; dans cette production inspiré par Bach, David Marton veut porter à la scène « une parabole du déclin et de l’immobilité, du pouvoir et de l’impuissance dans une société ». Egalement invité, le metteur en scène catalan Calixto Bieito, connu pour ses mises en scène d’opéra provocantes et souvent polémiques, partout en Europe (sauf à Paris, cherchez l’erreur !). Il vient de Barcelone avec Desaparecer d’après Le Corbeau, un poème d’Edgar Allan Poe. « Faire avancer le théâtre », un « travail d’inventaire, de découverte, d’accompagnement, de proposition » pour « changer nos regards, nos opinions, accepter ce que nous ne connaissons pas encore », c’est la prise de risque et l’ambition artistique forte de Patrick Sommier et Barbara Engelhardt qui établissent la programmation qui comprend également Israël, une performance de Pedro Zegre Penim, Les Actes de Pitbull un travail collectif dirigé par Peter Karpati, et un spectacle iconoclaste et hybride du Teatro Praga de Lisbonne autour du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare et de The Fairy Queen de Purcell.

Autre festival international, « Exit » s’ouvrira à la Maison des arts de Créteil le 15 mars avec Disgrâce. Le roman du Sud-Africain Cotzee, Prix Nobel de littérature, est porté à la scène par Luk Perceval. Comme ce dernier, Benedict Andrews a travaillé à la Schaubühne de Berlin mais aussi au national Opéra de Londres. Ce metteur en scène australien remplacera Luc Bondy, convalescent, pour assurer la production de Big and Small, la version anglaise de la pièce de Botho Strauss traduite par Martin Crimp. C’est Kate Blanchett qui jouera le rôle principale sous sa direction au théâtre de la ville.

Enfin, en février, on découvrira deux productions étrangères mais montées par nos metteurs en scène. Oliver Py et Stéphane Braunschweig ont répondu à l’invitation des scènes extérieures puisque le premier a créé sa dernière pièceLe soleil à la Volksbuhne, et que le deuxième continue son exploration du théâtre d’Arne Lygre avec Tage Unter produit par le Berliner Festspiele et le Düsseldorf Schauspiele. Ces deux productions jouées par des acteurs allemands et dans leur langue seront présentées respectivement à l’Odéon et à la Colline.

Illus. © Elisabeth Carecchio

 

A l’âge d’Ellen – Jeanne Balibar en apesanteur
Les sorties ciné de la semaine du 4 janvier 2012
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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