Théâtre

Ionesco, une nouvelle manière de penser le monde

09 novembre 2009 | PAR Christophe Candoni

L’exposition Ionesco à la Bibliothèque François Mitterrand est une manière de célébrer le centenaire de la naissance de l’auteur et de donner accès au public à un certain nombre de documents d’archives passionnants que sa fille a donné à la BnF.

Eugène Ionesco est l’auteur de nombreuses pièces et restera une figure importante dans l’histoire du théâtre puisqu’il est le fondateur d’un nouveau mouvement littéraire dans les années 1950 qu’on appelle le « théâtre de l’absurde ». L’exposition de la BNF revient sur la carrière et la production singulière d’un auteur dramatique novateur qui écrit avec provocation en 1951 : « J’ai horreur du théâtre ». Le visiteur entre d’abord dans un corridor où son regard se porte sur l’épée d’académicien de Ionesco autour de grandes tentures rouges de théâtre. Pourtant, en pénétrant dans l’unique pièce qui constitue l’exposition, c’est l’image d’un auteur turbulent, anticonformiste qui saute aux yeux. Dès sa première pièce, « La cantatrice chauve », montée en 1950 au Théâtre des Noctambules, le théâtre est pour Ionesco un laboratoire d’expérimentation, un moyen d’interroger le sens des mots et de travailler à déconstruire et enrichir le langage, à le réduire à un dialogue de sourd, à mettre en scène l’incompréhensible, l’énigmatique. La scénographie réussie d’Alain Batifoulier et de Simon de Tovar est à l’image du projet littéraire de Ionesco. On déambule au milieu de tas de cartons mis dans tous les sens, un signe de la volonté d’échapper à la stabilité. L’installation suit un principe d’accumulation comme son théâtre qui promeut les objets et cela participe à l’étrangeté de son univers. Ce désordre apparent cherche comme l’auteur à nous désinstaller.

De nombreux documents autographes sont montrés  : des lettres, des carnets de note, des plans de décor, des programmes de spectacles… A travers de nombreuses photos, on redécouvre les plus grands acteurs de l’époque : Denise Gence, Jean-Paul Roussillon, Robert Hirsch, Claude Winter. L’extrait vidéo de la pièce « Les Chaises « avec Jacques Mauclair et Tsilla Chilton est désopilant. Il montre à quel point le texte de Ionesco est une partition surprenante mais intéressante pour les acteurs, ici, aussi drôles qu’effrayants. D’ailleurs l’intérêt que suscite ses textes ne s’amenuise pas puisque l’exposition rend compte de productions plus récentes dans des mises en scènes de Jean-Luc Lagarce, Laurent Pelly, Roger Planchon, Emmanuel Demarcy-Mota, Georges Werler (les costumes du Roi se meurt avec Michel Bouquet sont exposés) et de son importance sur l’art en général. On voit également des photos du ballet que Béjart a chorégraphié à partir de la pièce « Les Chaises » en 1981.

Ce périple permet de découvrir une personnalité troublante, complexe. Grâce aux vidéos d’interviews, on decelle chez Ionesco une interrogation perpétuelle sur Dieu et l’existence à laquelle il s’accroche en restant dubitatif : « La création est un immense canular de Dieu » ,déclare-t-il. Malgré ses rapports compliqués avec la critique, sa volonté d’excellence reste intacte. Il dit : « Le public engage l’auteur dramatique à la facilité, il faut lui résister ». Ionesco est un artiste. Il s’est penché sur le cinéma, s’est tourné vers la peinture. Il est mort en 1994 et est devenu un « classique ».

« Ionesco« , jusqu’au 3 janvier 2010, BNF, Site François Mitterrand, mar-sam, 10h-19h, dim, 13h-19h, Quai François Mauriac, Paris 13e, m° Nationale ou Bibliothèque, 7 euros (TR. 5 euros).

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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