Théâtre
Instants critiques, les joutes de Bory et Charensol revivent sous la plume de François Morel

Instants critiques, les joutes de Bory et Charensol revivent sous la plume de François Morel

21 février 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Masque ! et La Plume ! Juste avant, il y avait la météo marine jusqu’à peu. Une poésie des vents incompréhensible pour les auditeurs urbains mais qui annonçait que juste une heure durant le débat serait violent, il ne concernerait pas la politique mais ici, dans ces années-là, entre ces deux-là, le cinéma, rien que le cinéma. Au suicide de Jean Louis Bory, en 1979, le générique de la célèbre émission de radio devint et est encore Romances sans paroles de Mendelssohn, par Daniel Barenboïm (DG). A la Pépinière Théâtre pour Instants Critiques présenté dans le cadre du cycle François Morel, les deux guerriers parlants sont vivants.

Une salle de cinéma déglinguée, peu de sièges, du rouge et du vinyle marron. On est dans les sixties, pas de doute. On est dans un monde qui va basculer. On est dans un monde où les cinémas pornos se nichent sur les Champs Elysées. On est dans un monde où Georges Charensol et Jean Louis Bory rejouent la querelle des anciens contre les modernes. Qui sont-ils ? Deux journalistes, célèbres pour leur prestation dans l’émission de critique diffusée sur France Inter, Le Masque et la plume. Amis, ils s’amusent, s’étripent, s’engueulent, s’insultent et, coup de maître, parfois, tombent d’accord (qui  peut résister à Pierrot le fou ?).

François Morel metteur en scène ne cherche pas à reproduire l’émission, Dieu, que c’est intelligent. Pas de bande son, pas de projection de film. Non, juste la théâtralité de leurs échanges ici vidés  de la présence des autres chroniqueurs. Ils sont tous les deux, ils ne sont pas dans un studio de radio, il n’y a ni casque ni micro. Olivier Broche, col roulé, blouson et pantalon beige pat d’eph incarne Bory jusqu’à la mèche et la gestuelle très efféminée. Olivier Saladin, portant gilet et cravate, est le « vieux » Charensol, dépassé mais tellement attachant. Leurs chroniques sont ponctuées par les chansons de la chanteuse Lucrèce, ou parfois, là, moins heureusement par des noirs artificiels qui viennent séparer les moments et attraper les applaudissements. Dommage, pas grave, passons.

Ils sont deux clowns magnifiant la joute oratoire. Sur scène ils vont se battre autour de films qui ont suscité des empoignements célèbres : L’empire des sens, Le Parrain, Bande à part, La grande Bouffe... Au-delà de l’humour qui se dégage de leurs cordiaux affrontements, c’est l’histoire du cinéma qui se joue devant nous. Avec une absolue sincérité ils démontrent que les relations aux esthétiques ont changé. Il y a une fracture générationnelle, la Nouvelle Vague a frappé.

François Morel fait ici ce qu’il sait le mieux faire : susciter l’émotion en faisant resurgir les souvenirs d’enfant de chacun, gamin attablé en famille, le dimanche soir, alors que retentissait le piano. Finalement, c’est avec les parapluies de Cherbourg, dans un pastiche de comédie musicale qu’il dépasse le kitsch pour le rendre triste. Bory est mort et Charensol n’a plus personne à qui dire « Jean -Louis, tout cela n’existe mais que dans ta petite tête ! »

Amoureux du Masque, allez-y, les autres, vous risquez de vous perdre en route.

Visuel (c) Manuele Toussaint/Starface

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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