Théâtre

Guillaume Dujardin sublime le texte d’Howard Barker dans « graves épouses animaux frivoles »

23 novembre 2009 | PAR Amelie Blaustein Niddam

 Howard Barker fut l’auteur associé de la saison 2008 de l’Odeon, celui  qui  «n’aime pas les situations naturalistes, aime les évènements qui relèvent de la métaphore et non du lieu commun »est mis en scène à l’Atalante par Guillaume Dujardin pour le très beau « Graves épouses / Animaux frivoles » qui  ne tombe dans aucune facilité.

Pour venir à l’Atalante, il faut  oser passer devant l’imposant théâtre de l’atelier, pousser une grille qui semble fermée, descendre quelques marches et pousser une autre porte. Pour accéder à la pièce, il faudra encore descendre quelques marches vertigineuses, au moins tout autant que ce voyage d’une  heure dans un monde post-changement. Apocalypse ? Génocide ? Rien n’est dit sur ce qui a renversé les rôles entre la servante  et la maitresse et dévasté l’appartement qui fut bourgeois. La servante oblige la maitresse a accepter que son mari, le mari de la servante, la possède, possède la maîtresse. Si le mari est le personnage central de cette pièce et on ne le verra jamais. Existe –-il vraiment ?

Odile Cohen

Renverser les rôles est-il juste une question de vêtements ? Si la servante est en habits, elle reste habillée en servante, si la comtesse est en lambeaux, elle est en lambeaux de soie. La force de la pièce réside dans la dissonance entre le discours et la pensée. La comtesse dit oui mais pense non, la servante donne des ordres mais  semble encore les subir. Et si offrir son mari par vengeance n’était pas  humiliant mais au contraire un échec sanglant comme son nez de servante qui coule rouge ?

 Le texte est d’une force, d’une violence, immensément porté par Odile Cohen et Léopoldine Hummel qui sont toutes deux d’une présence  qui vous aimante, elles jouent avec leurs voix, leurs regards mais surtout leurs postures se tenant raide jusqu’à  ce que l’une des deux finisse par se mettre à genoux.

leopoldine hummel

« Graves épouses / Animaux frivoles » est un texte qui dit par l’absurde la violence des rapports de pouvoir et de servitude. Extrait :

CARD: Mon mari doit vous posséder / Il peut ? / Il peut vous posséder ? / Ne répondez pas maintenant

Pause/ Ne répondez pas maintenant

Pause/

STRASSA:Doit me posséder ?

CARD:Doit / Doit vous posséder / oui / Ne répondez pas maintenant /Pause/ Les choses changent / Si vous dites non au changement

STRASSA :Clairement / Je dis clairement non au changement/Pause

CARD: Je peux être là/ Pause plus longue/ Je peux être là / Je dois dire / cependant / je ne suis pas certaine que ma présence ait pour effet d’adoucir / ou d’exciter / son/Pause/La violence de son /Pause/ Acte/Pause

 

Graves épouses / Animaux frivoles de Howard Barker, mise en scène Guillaume Dujardin, traduction Pascal Collin, avec Léopoldine Hummel et Odile CohenL’atalante, 10, place Charles Dullin, 75018 Paris, Métro Anvers, Abbesses, 01 42 23 17 29

Du 5 au 27 novembre 2009 à 20h30 sauf le samedi à 19h00, le dimanche à 17h00, relâche le mardi. De 10 à 20 euros.

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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